La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 4/9 «les vies qui ne valent rien ? »
Récit de bataille
La révolte du « camp des familles tizganes »
Épisode 4/9 : « les vies qui ne valent rien ? »
Par Pierre Chopinaud
Les épisodes de la série sont tirés d’une conférence prononcée par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).
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« De même pour que les Etats d’Europe reconnaissent le génocide dont ont été victime les roms les manouches les sintés, les yeniches et les voyageurs durant la seconde guerre mondiale, s’il était encore temps il n’y a pas assez des arguments de la morale ou de la responsabilité, ce dont nous avons besoin, c’est de pouvoir, pour le leur imposer. Et la campagne pour la reconnaissanc du génocide que je développe en France a en réalité moins pour objectif d’obtenir cette reconnaissance que de créer l’organisation du pouvoir qui va être capable d’agir pour le coup d’après. Car encore une fois ce dont nous avons besoin c’est hier comme auourd’hui, dans le nouveau monde dangereux dans lequel nous entrons, c’est de pouvoir pour agir collectivement et résister. C’est pour cela que nous avons besoin d’histoires comme celles de la révolte du camp des familles Tziganes du 16 mai 1944.«
« La politique du gouvernement français à leur égard était indigne et ne voulait dire qu’une chose : vos vies ne valent rien.«
D’où cette histoire nous est elle arrivée ?
Quand je suis rentré de Suto Orizari, à Paris, pour répondre à l’impératif que j’éprouvais d’agir je suis allé à la rencontre d’activistes romani et j’ai fait la connaissance de celui qui alors allait devenir le compagnon de route de nombreuses batailles : Saimir Mile. Il venait de fonder l’organisation La voix des rroms.
A Paris en 2010, beaucoup de gens arrivaient de Bulgarie et de Roumanie et s’installaient en attendant dans des petits bidonvilles autour de Paris. La politique du gouvernement français à leur égard était indigne et ne voulait dire qu’une chose : vos vies ne valent rien.
Comme nous étions la seule organisation romani active et identifiée à Paris, les gens faisaient appel à nous.
« tout le pouvoir d’un Etat contre nous qui utilisait les forces de son droit, de sa police, sa capacité de diffuser la haine raciale«
C’était un combat difficile, en face de forces très puissantes, tout le pouvoir d’un Etat contre nous qui utilisait les forces de son droit, de sa police, sa capacité de diffuser la haine raciale dans la société pour légitimer son action. Et avec ça, il détruisait les habitats des gens, employait la brutalité policière contre des femmes et des enfants, faisait monter de force de force les gens dans des charters en séparant les enfants et les parents. C’était déchirant, indigne, révoltant. C’était un peu le Trump de 2025 15 ans avant.
« Nous étions comme le petit berger David en face du puissant géant Goliath. Et nous savions que les seules ressources sur lesquelles nous pouvions compter c’était celle que nous avions et celles qu’avaient les gens autour de nous »
Nous l’avions dit à l’époque. En face de ce pouvoir d’Etat autoritaire et préfasciste, nous étions petits, bien que nous remportions parfois des petites victoires sur le terrain, nous nous sentions le plus souvent impuissant et épuisé. Les condamnations même de la France par la Commission Européenne et par l’ONU n’avaient aucun effet sur la réalité. Nous étions comme le petit berger David en face du puissant géant Goliath. Et nous savions que les seules ressources sur lesquelles nous pouvions compter c’était celle que nous avions et celles qu’avaient les gens autour de nous : ceux précisément qui avaient besoin pour leur vie du changement que ensemble nous recherchions à réaliser.
« c’est de cela qu’il s’agit dans l’histoire du 16 mai : le pouvoir dont tous ensemble nous avons besoin, il n’est pas à l’extérieur de nous-même, il est dans nos gens »
Nous avions qu’une voie pour nous en sortir, c’était la voie décrite par le maître de l’organisation politique radicale, le Docteur Martin Luther King : transformer les pauvres ressources dont nous disposions en les armes dont nous avions besoin pour obtenir le changement que nous recherchions. En un mot : nous avions besoin de donner aux gens qui souffraient le courage de passer à l’action. Car et c’est de cela qu’il s’agit dans l’histoire du 16 mai : le pouvoir dont tous ensemble nous avons besoin, il n’est pas à l’extérieur de nous-même, il est dans nos gens. C’est avec eux qu’il nous faut le créer, hier comme maintenant. C’est dans le cœur et dans les mains de ceux qui avec nous souffrent de la réalité qu’est le pouvoir de la transformer.
« le pouvoir de raconter des histoires est le pouvoir propre de la parole, dont est capable quiconque possède une langue, une tête, et un cœur. »
Ainsi nous avions besoin, et vous avez encore besoin, de trouver le moyen de donner le courage aux gens de passer à l’action, nous avions besoin de développer, par le leadership, leur agentivité, comme on dit à l’université.
Or parmi les techniques de leadership qu’on utilise, dans l’organisation politique radicale, pour entraîner les gens à agir il y a le pouvoir de raconter des histoires, qui est le pouvoir propre de la parole, dont est capable quiconque possède une langue, une tête, et un cœur.
Ecouter les discours de Martin Luther King, écoutez à les entendre ce qui fait votre cœur vibrer, vous fait pleurer, non de tristesse, mais de la joie qui éprouve celui qui va s’engager.
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(La suite dans le prochain épisode….)