La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 3/9  «la mesure de la plaie »

La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 3/9  «la mesure de la plaie »

Récit de bataille

La révolte du « camp des familles tizganes »

Épisode 3/9 : « la mesure de la plaie »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

(Précédemment…)

 » ce qui était maintenant certain, c’est que l’histoire dans laquelle j’avais grandi, l’histoire dont j’avais appris que j’étais comme un personnage, l’histoire dans laquelle s’est formée ma conscience, l’histoire dont la morale dit qui si la dignité humaine s’éteint dans une personne,  elle s’éteint pour toute l’humanité, parce que toute les vies méritent à égalité la dignité, l’histoire dont les principes et les valeurs disent que touts les vies humaines s’égalent en dignité et ont le droit à la sécurité et au bonheur d’autant plus si elles sont exposées à la haine politique, cette histoire allait perdre tout sens si je ne passais pas à l’action. En faisant quoi ? je ne savais pas encore. Sinon m’efforcer, avec d’autres, par les pouvoirs que j’avais, et qu’il me faudrait encore découvrir (que peut-on à 18 ans ?)      certainement que la réalité ressemble à l’idéal que nous rêvons. Faire coïncider le monde tel qu’il devrait être avec le monde tel qu’il est réellement, comme l’a dit le maître de l’organisation politique radicale, Martin Luther King lorsqu’il décrivait sa vision : j’ai eu un rêve. »

 

 « Ce n’est pas avec le pansement humanitaire de l’aide sociale, ni avec les sermons de la morale, qu’on soigne la plaie qui sépare le réel et l’idéal, c’est par l’instrument du pouvoir« 

L’écart entre l’idéal et le réel est la mesure de la plaie dont souffre la conscience. C’est par l’engagement et l’action qui va réduire cet écart que celui dont la conscience souffre guérit sa plaie. 

Mais ce n’est pas, suivant les préceptes de l’organisation politique radicale du Dr. King, avec le pansement humanitaire de l’aide sociale, ni avec les sermons de la morale, qu’on soigne la plaie qui sépare le réel et l’idéal, c’est par l’instrument du pouvoir. C’est ce que je vais expliquer en racontant l’histoire de romani resistance et du 16 mai 1944

Une chose qui aurait pu faire il y a vingt ans que la réalité ne soit pas celle que je vois, que la réalité, la mienne, la votre, ressemble plus à l’idéal qui est le notre, le monde que nous rêvons où égalité toutes les vies comptes, où à égalité toutes les vies sont pleurables ; une chose qui aurait pu faire que aujourd’hui, autour de moi, parmi mes proches et les gens qui comptent pour moi, une femme rom de 27 ans ne puisse pas être abattue de sang froid par des chasseurs sympathisants de Marine le Pen, avec son petit garçon à naîtrre dans son ventre, comme ce fut le cas en juin 2024 en France, dans la région du jura. Une chose qui aurait pu faire que le jeune angelo 37 ans , frère de mon amie Aurélie garand, jeune femme yéniche qui vit dans la ville de Blois, dans le centre de la France, ne soit éxécutée, le 17 mars 2017, par les forces spéciales de l’armée française parce que ces forces pour combattre le terrorisme font des entrâinement sur de « gitans ». Une chose qui aurait pu faire que la mère de mon amie Sue-Ellen Demestre, femme rom et voyeuse ne meure pas à cause du racisme environnemental parce qu’elle est assignée à vivre sur des aires d’accueil entre une cocnasserie et une bétonneuse. Cette chose, c’est la reconnaissance par les Etats d’Europe du génocide dont ont été victimes les roms, la manouches, les sintis, les gitans, les yéniches et les voyageurs durant la seconde guerre mondiale. Cette chose aurais pu faire qu’à Metrovica des roms ne meurent pas jusqu’en 2019  sous la repsonsabalité de l’ONU après que les nationalistes d’après aient assassisnées leurs proches et brûlé leurs maison. 

 

« Aujourd’hui en Europe, alors que partout l’extrême droite globale accède au pouvoir, la reconnaissance du génocide manque. »

 

Pourquoi cette chose ? Parce que lorsque les Etats reconnaissent qu’un groupe d’hommes et de femmes et d’enfants a été traité dans le passé comme s’ils n’appartenaient pas à l’humanité communauté, comme si leur meurtre ignoble et anonyme était le meurte d’un animal, par cette reconnaissance il redonne un nom et une sépulture aux défunts, leur rend une peu de leur dignité, et le réintègre par le mémoire de leur nom, et par la condamnation du crime dont ils ont été victime, dans la commune humanité et dans l’histoire. En rendant cette dignité aux morts il dit à leurs descendants que leur vie aujourd’hui compte. Et qu’elle doit être protégée, parce qu’elle est particulièrement exposée aux maladies politiques dont souffrent chroniquement nos sociétés, maladies de la haine raciale dont souffre chroniquement les Etats-nations qui alors menacent la sécurité, la vie des citoyens qui appartiennent à des minorité raciales en disant : vos vie ne comptent pas, vos morts nous ne pleureront pas. 

Aujourd’hui en Europe, alors que partout l’extrême droite globale accède au pouvoir, la reconnaissance du génocide manque.

 

« l’antitsiganisme est un des chemins que se trace le nouveau fascisme pour arriver à sa fin »

C’est précisément pour construire ce type de bouclier d’Etat, alors même qu’en France, Marine le Pen est aux portes du pouvoir, que je suis en train avec quelques  amis de fonder une nouvelle organisation de jeunesse romani qui se donne pour tâche d’obtenir par le gouvernement français la reconnaissance du génocide dont été victime les roms les manouches les sintés les yéniches et les voyageurs durant la seconde guerre mondiale. 

Car nous croyons, mais est-il encore temps ? qu’une telle reconnaissance par l’Etat, et la nation, contribuera à empêcher  l’arrivée au pouvoir de l’extrême-droite. Car l’antitsiganisme est un des chemins que se trace le nouveau fascisme pour arriver à sa fin. La reconnaissance du génocide par l’Etat et la nation, les partis et la société civile peut constituer une des antidotes.

« ce dont nous avons besoin c’est hier comme aujourd’hui, dans le nouveau monde dangereux dans lequel nous entrons, c’est de pouvoir pour agir collectivement et résister »

Je le redis : est-il encore temps ? En France, nous sommes à l’instant juste avant le retour de l’extrême droite au pouvoir. N’est il pas déjà trop tard ? Elle est là en Italie, en Hongrie, nous pouvons dire, en Amérique, n’en parlons pas, elle est plus forte que jamais en Allemagne, en Espagne. Il l’a à la fois toujours été trop tard comme il a toujours été encore temps. Quoi qu’il en soit, il y a urgence : la valeurs de nos vies et de celles qui nous sont proches en dépend.  Notre sécurité. Il y a urgence à créer du pouvoir. Car bientôt, il n’y a que sur nous et nos alliés que nous pourrons compter. 

De même pour que les Etats d’Europe reconnaissent le génocide dont ont été victime les roms les manouches les sintés, les yeniches et les voyageurs durant la seconde guerre mondiale, s’il était encore temps il n’y a pas assez des arguments de la morale ou de la responsabilité, ce dont nous avons besoin, c’est de pouvoir, pour le leur imposer. 

Et la campagne pour la reconnaissanc du génocide que je développe en France a en réalité moins pour objectif d’obtenir cette reconnaissance que de créer l’organisation du pouvoir qui va être capable d’agir pour le coup d’après. Car encore une fois ce dont nous avons besoin c’est hier comme auourd’hui, dans le nouveau monde dangereux dans lequel nous entrons, c’est de pouvoir pour agir collectivement et résister. 

C’est pour cela que nous avons besoin d’histoires comme celles de la révolte du camp des familles Tziganes du 16 mai 1994.

 (La suite dans le prochain épisode….)

La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 2/9  « Le monde tel qu’il est réellement « 

La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 2/9  « Le monde tel qu’il est réellement « 

Récit de bataille

La révolte du « camp des familles tizganes »

Épisode 2/9 : « le monde tel qu’il est réellement »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

(Précédemment…)

« Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » ! Plus jamais des enfants, des hommes, et des femmes ne doivent être placés dans l’état de détresse où d’indignité où ils ont été placés par les haines racistes et nationalistes dans la seconde guerre mondiale. Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes, et ceux qui restaient achevaient de mourir sous la responsabilité de l’organisation des nations unies chargées de les protéger, dans un état affaiblissement collectif organisé qui n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale » 

 

 

 « Aujourd’hui les minorités romanis d’Ukraine sont exposés à être effacés du présent et du passé de la nation  à laquelle ils appartiennent »

« Plus jamais ça » ? Disait depuis l’enfance, la morale de l’histoire de l’Europe. Or ici et maintenant, devant moi, c’était encore ça dans la réalité. C’était encore ça en particulier pour des enfants, des femmes et hommes dont il y avait 60 ans, les ancêtres avait été victimes du génocide perpérté par la haine raciale de l’Etat allemand Nazi et de ses Etats alliés et collaborateurs. 

Je tiens à préciser, que 20 ans après, aujourd’hui c’est encore ça, pour les minorités romanis d’Ukraine, tant dans les régions envahis de l’Est par l’armée de la Russie agresseur, que dans les territoires du centre et de l’Ouest encore protégés, qui sont exposés à être effacés du présent et du passé de la nation  à laquelle ils appartiennent. 

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« Est-ce-à-dire que l’Europe souffrait encore du même mal ? Est-ce que la morale de l’histoire de l’Europe contemporaine était une mauvaise fable ? « 

 

En tant qu’outsider, la situation dont j’étais le témoin mettait en question ma propre histoire, ma propre identité, de français, d’européen, les principes et les valeurs dans lesquels j’avais été élevé. Comment est ce possible que ici en Europe,  des hommes, des femmes, des enfants dont les ancêtres ont été victimes, au même titre que les hommes, les femmes, et les enfants juifs d’Europe, du crime immense au nom de la mémoire duquel l’Europe moderne s’est refondée, puissent se retrouver ainsi chassée de leur terre, assassinée, abandonnée, victimes des Etats auxquels ils appartiennent, sous la responsabilités des Nations Unies, et dans l’indifférence de la  consciences des peuples ?

Comment était ce possible que des hommes, des enfants et des femmes dont les corps des  parents, des grands-parents avaient,  il y avait 60 ans été réduits à des vies qui ne valent rien,  les puissances nationalistes gouvernementales, les extrêmes droites, les fascismes, avec un large consentement des élites et des peuples, puissent 60 ans après  être rejetées en dehors de la condition d’humaine et de la dignité qui, comme un droit naturel, lui appartient ?

 

 Est-ce-à-dire que l’Europe souffrait encore du même mal ? Est-ce que la morale de l’histoire de l’Europe contemporaine était une mauvaise fable ? 

Comment regarder cette question maintenant, encore vingt après, quand les extrême-droites, les fascismes, reviennent au pouvoir, les uns après les autres, dans les pays d’Europe. 

 

 

« Faire coïncider le monde tel qu’il devrait être avec le monde tel qu’il est réellement, comme l’a dit le maître de l’organisation politique radicale, Martin Luther King lorsqu’il décrivait sa vision »

 

Pour moi la morale des petites histoires que j’avais entendues là-bas, il y a 20 ans, lorsque j’avais 18 ans, c’est que ma vie devant prendre une certaine direction. Je ne savais pas précisément laquelle encore. Mais ce qui était maintenant certain, c’est que l’histoire dans laquelle j’avais grandi, l’histoire dont j’avais appris que j’étais comme un personnage, l’histoire dans laquelle s’est formée ma conscience, l’histoire dont la morale dit qui si la dignité humaine s’éteint dans une personne,  elle s’éteint pour toute l’humanité, parce que toute les vies méritent à égalité la dignité, l’histoire dont les principes et les valeurs disent que touts les vies humaines s’égalent en dignité et ont le droit à la sécurité et au bonheur d’autant plus si elles sont exposées à la haine politique, cette histoire allait perdre tout sens si je ne passais pas à l’action. En faisant quoi ? je ne savais pas encore. Sinon m’efforcer, avec d’autres, par les pouvoirs que j’avais, et qu’il me faudrait encore découvrir (que peut-on à 18 ans ?)      certainement que la réalité ressemble à l’idéal que nous rêvons. Faire coïncider le monde tel qu’il devrait être avec le monde tel qu’il est réellement, comme l’a dit le maître de l’organisation politique radicale, Martin Luther King lorsqu’il décrivait sa vision : j’ai eu un rêve.

 (La suite dans le prochain épisode….)

La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 1/9  » une histoire de pouvoir pour le présent »

Récit de bataille

« La révolte du camp des familles tizganes »

Épisode 1/9 : « Une histoire de pouvoir pour le présent »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

 

 

 « Le choix de se révolter ou de se soumettre c’est de ça dont je vais vous parler, en vous parlant de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944 »

Je m’appelle Pierre Chopinaud. Je suis un écrivain. J’écris des romans en langue française qui racontent les drames intimes qui agitent le cœur des hommes et des femmes mais aussi les grands drames historiques que traversent depuis ses débuts l’humanité. Les histoires que j’imagine sont traversées par la guerre en ex-yougoslavie, la seconde guerre mondiale, mais aussi les guerres des perses contre les grecs pendant l’antiquité. Surtout dans les romans que j’écris je raconte comment ces grands drames de l’histoire humaine entrent dans le cœur des hommes et des femmes et agissent sur leur destinées, les décisions qu’ils prennent, le choix de se révolter ou de soumettre, d’être indifférent ou de s’engager, pour soi, ou pour les autres. 

Au fond c’est de ça aujourd’hui chers amis dont je vais vous parler, en vous disant quelques mots de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944, et du mouvement romani resistance que j’ai co-fondé entre 2010 et 2015, en France, à Paris ou plus exactement, dans la banlieue nord de Paris, à Saint-Denis, qui est aussi le lieu où il est fait mention pour la première fois de la présence en 1427 de personnes romanis en France.

« L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité »

 

Je vous parle aujourd’hui en tant qu’organisateur politique radical car c’est à ce titre que j’ai co-fondé le mouvement du 16 mai.  L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité. La maxime fondamentale de cet art politique c’est « il n’y pas de justice sans pouvoir ». Ce à quoi j’ai personnellement ajouté en tant que slogan de l’organisation Conatus que j’ai fondé pour exercé collectivement cet art : « les derniers sont les premiers ». C’est un slogan que j’emprunte à la bible, au nouveau testament, à Jésus Christ si vous voulez, mais je le tiens plus précisément du Pasteur Martin Luther King, organisateur politique radical, qui a été un des leaders du mouvement des africain américain pour les droits civiques. Si l’organisation politique radicale est comme un art martial, Martin Luther King, et sa révolution non violente, est notre Bruce Lee. 

Je vous parle de ça car le mouvement romani résistance, le mouvement du 16 mai, l’histoire de la révolte du « camps des familles tziganes  d’Auschwitz-Birkenau », le 16 mai 1944, est une histoire de pouvoir. Plus exactement cela raconte comme utiliser l’histoire et les histoires comme une technique de leadership pour construire du pouvoir, et œuvrer à la justice, non seulement, la justice mémorielle, mais la justice pour maintenant. 

 

« Les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement »

 

A l’âge de 17 ans, où j’ai commencé à être un peu aventurier. C’était précisément ma dernière année de lycée, et c’était aussi l’année de la guerre du Kosovo où les gouvernements européens et américains bombardaient la Serbie et le Kosovo pour mettre fin à cette guerre. J’étais perplexe devant les excès de la propagande d’Etat dans mon pays qui justifiait cette campagne de bombardement. Comme je voulais devenir écrivain et faire de la politique,  j’ai décidé que ma place était au milieu des gens là-bas à essayer de me rendre utile au milieu de la catastrophe, et que j’apprendrai plus là-bas qu’en allant écouter des gens savants parler à l’université. 

 

Là-bas fut ma première profonde et longue rencontre avec des homme, des femmes romanis. J’avais dix-huit ans. J’étais dans la commune de Suto Orizari, que la plupart d’entre vous j’imagine connaissent. Lieux extraordinaire dans la banlieue de Skopje, capitale de la Macédoine du Nord, seule commune au monde à l’intégralité du conseil municipal, dont le maire, appartient à la nation  romani, où les enfants et les adolescents dans les écoles et les collèges apprendre en romani la la langue romani littéraire écrite par ailleurs par des artistes qui habitent, pour certains, dans leur rue, dans leur quartier, la langue que chacun parle, dans ses différentes variantes locales, au magasin, à l’hôpital, sur le marché. Langue par ailleurs que là bas j’ai apprise et que je parle maintenant plus de vingt ans après quotidiennement avec ma fille. J’étais accueilli  là-bas dans une petite organisation sociale dont la majorité des employés étaient romani et qui s’occupait d’identifier, enregistrer, accompagner dans l’accès à leurs droits, les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » !

J’ai alors  écouté les récits que les gens faisaient de la guerre aussi absurde que violente qui les avaient chassés de la terre à laquelle ils appartenaient, depuis des siècles, au milieu de l’Europe. J’ai senti, confusément d’abord, c’est-à-dire, dans mon cœur, que les principes et les valeurs portées par les histoires que depuis l’enfance partout, j’entendais, à l’école, dans les livres, les principes et les valeurs qui fondent l’Europe, en tant que civilisation, n’étaient ici d’aucune réalité : la dignité de chaque être qui doit être protégée par le droit qui lui appartient, parce qu’il est un homme, ou une femme, ou un enfant : la dignité que se doit de garantir en chacun institutions, les Etats, les Organisations Internationales, la Commission Européenne. 

« Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes »

Toutes les histoires, toutes les grandes déclarations étaient ici lettre morte en face des petites récits des gens qui nous racontaient la détresse au milieu de laquelle ils étaient et plus encore la détresse de ceux qui n’avaient pu partir, et qui étaient restés, au milieu de la haine nationalistes des uns et des autres. Et surtout au milieu des armes, du feu qui ne s’était pas tout à fait éteint dans la ville de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, où des hommes, des femmes, des enfants, romani étaient protégées par l’ONU, dans un camp, construit sur une terre empoisonnée par le plomb, qui, alors même qu’ils avaient survécu à l’incendie de leur quartier, à la folie meurtrière des nationalistes d’un camp et de l’autre, le tuaient, lentement, par en-dessous, si je puis dire, sous la responsabilité de l’organisation intergouvernemental fondée après la seconde guerre mondiale pour protéger les enfants, les hommes, et les femmes, lorsqu’ils sont mis en danger par l’Etat dont ils sont les citoyens. Le contingent de l’Onu responsable de cette catastrophe était français, je sentais dans mon cœur que par ce désastre j’étais particulièrement concerné. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » ! Plus jamais des enfants, des hommes, et des femmes ne doivent être placés dans l’état de détresse où d’indignité où ils ont été placés par les haines racistes et nationalistes dans la seconde guerre mondiale. Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes, et ceux qui restaient achevaient de mourir sous la responsabilité de l’organisation des nations unies chargées de les protéger, dans un état affaiblissement collectif organisé qui n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale. 

 (La suite dans le prochain épisode….)

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 9/9 : «Le champ de bataille c’est le cœur des gens »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 9/9 : «Le champ de bataille c’est le cœur des gens »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 9/9 : « Le champ de bataille c’est  le coeur des gens »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

Mais rien à faire: aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux. De son point de vue elle n’avait rien à perdre que ce qu’elle estimait perdu déjà comme il avait été pour elle perdu à la naissance : la dignité de son enfant.

Il faut parfois pour un bien plus grand passer par un bien moins grand : voire un petit mal. C’est l’éternelle question du rapport de la fin et des moyens

Le champ de bataille est dans le coeur des gens. Et l’histoire est impure. Il faut parfois pour un bien plus grand passer par un bien moins grand : voire un petit mal. C’est l’éternelle question du rapport de la fin et des moyens. Et pour bien comprendre, pour vaincre la peur dans la coeur de Marina,  le collectif des mamans  a du cette fois y  faire croitre une peur plus grande encore. C’était un dilemme moral. C’est mal de forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’elle ne veut pas. Mais abandonner le combat pour  être moralement pur c’était condamné tous les enfants comme la fille de Marina à ne jamais aller à l’école. C’était perdre tout ce que le collectif avait gagné depuis un an, et plus encore c’était faire perdre les enfants ici mais aussi en Guyane, à Mayotte, tous les enfants de France qui vivent en Bidonville. N’était-ce pas un plus grand mal encore ? A quoi servirait notre conscience pure en face des milliers d’enfants qui retomberaient dans le sac à ordure des vies qui ne comptent pas. 

Ce problème est vieux comme le monde, aussi vieux que David et Goliath. Et bien souvent les militants y répondent avec leur tête, avec leur raison, comme le philosophe allemand “des lumières”  Emmanuelle Kant : “agis chaque fois et partout de telle sorte que la maxime de ton action soit vraie universellement”. Si je mens une fois, je fais une loi du mensonge. Aucune fin juste  ne  justifie un moyen injuste. Un moyen mauvais corrompt sa fin. 

dans le champ de l’action ou autour de lui, ceux qui préfèrent garder la conscience absolument pure, du moins suivant l’idée qu’ils s’en font (car les règles de la pureté sont relatives à chacun), sont bien souvent ceux qui n’ont pas nécessairement besoin du changement recherché par l’action

Mais les stratèges de son temps  répondaient à Emmanuel Kant : “toi le philosophe, dans ta chambre, tu as les mains propres, mais c’est parce que tu n’as pas de main” : ce qui veut dire : tu es un homme qui ne connaît pas l’action. Car le champ de l’action n’est pas celui de la rationalité pure et la loi morale ne fonctionne que pour celui qui ne fait rien. Celui-là aura toujours la conscience tranquille. 

 

C’est pourquoi dans le champ de l’action ou autour de lui , ceux qui préfèrent garder la conscience absolument pure, du moins suivant l’idée qu’ils s’en font (car les règles de la pureté sont relatives a chacun), sont bien souvent ceux qui n’ont pas nécessairement besoin du changement recherché par l’action. Ils ont souvent plus besoin de la pureté de leur conscience que de se salir les mains. 

 

Or les membres du collectif des mamans avaient toutes nécessairement besoin du changement qu’elles cherchaient en agissant : car il en allait de la dignité de leurs enfants ; c’est cette vive conscience du besoin de changement qui les avait mise en action et leur avait faite construire du pouvoir, gravir des marches, et remporter des victoires. 

 

Elles n’avaient pas pu convaincre par l’espérance  Marina de poursuivre le combat, elles ne perdraient pas toute la guerre pour autant, elles la convaincraient en la “terrorisant”. C’est l’avocate qui prit la responsabilité de se salir les mains.  La peur l’empêchait d’agir, la peur la forcerait. Maître Anina Ciuciu dit que si elle ne se présentait pas au conseil d’Etat, elle lui facturerait l’ensemble de la procédure depuis le début du combat. Elle aurait une dette immense à son égard et ’elle ne la lâcherait pas. C’était du bluff bien entendu. Marina avait vu Anina prête à se battre contre le Ministre elle n’était pas prête à se battre contre Anina : plutôt affronter son mari.

Marina avait eu peur d’Anina mais maintenant elle était fière et heureuse : elle avait avec les autres gagner non pas seulement contre la dame au guichet, non pas seulement contre  la mairesse, non pas seulement contre le recteur, mais contre le Ministre de l’Education, contre  l’Etat 

 

Le jour J elle était prête,parmi les autres mamans, à entrer dans la salle  du conseil d’Etat. Nous avions déclenché l’offensive. Le nom de la mairesse et de la fille de Marina était partout sur les réseaux sociaux. Il y avait déjà des articles dans la presse. Le gens partout en France,  par milliers signaient la pétition. Les mamans du collectif, habillées comme pour aller à l’église, entraient dans les grandes salles d’or et de pourpre du Palais Royal où se tient la plus haute juridiction de la République Française afin de reconquérir la valeur de la vie de leurs enfants. 

 

Pour esquiver la condamnation, le ministre le jour même appela en personne la mairesse de l’école de la commune pour la forcer à inscrire la petite fille à l’école. C’était une course contre la montre : si elle était inscrite avant que le juge ne se prononce : la République française esquiverait l’humiliation. Imaginez la tête de la mairesse ce matin là devant son téléphone?  Imaginez la tête du juge du tribunal de montreuil qui avait donné raison à la mairesse contre Marina ? Imaginez la tête du recteur qui peut-être lui en avait, d’une façon ou d’une autre donné l’ordre ?

 

“Elles avaient tué le “grand boss”, gagner le jeu. La partie était finie.”

A la sortie du conseil d’Etat les mamans sortirent une grande  banderole, leurs enfants couraient et jouaient entre les célébres colonnes noire et blanche de Buren. L’enfant avait été inscrit, le Ministre n’avait pas été sanctionné, mais nous avions gagné ! Et déjà  nous le racontions, la presse était là : “ un collectif de mères en précarité à gagner contre l’Etat” écrivait le lendemain la journaliste de Mediapart qui depuis le premier jour suivait notre aventure.  La maman de Maria avait eu peur d’Anina mais maintenant elle était fière et heureuse : elle avait avec les autres gagner non pas seulement contre la dame au guichet, non pas seulement contre  la mairesse, non pas seulement contre le recteur, mais contre le Ministre de l’Education, contre  l’Etat. 

 

Elles avaient tué le “grand boss”, gagner le jeu. La partie était finie. 

 

Le recteur, si toutefois, il n’était pour rien dans l’invraisemblable décision du juge avait fait une irrémédiable erreur. En croyant nous écraser il nous avait donné une arme pour frapper plus fort. Notre droit était plus encore enfoncé dans le marbre de la loi. Le ministre avait du frapper du point sur la table et son coup avait du retentir à tous les étages de l’administration. 

 

Quelques semaines après nous apprirent que le recteur avait été démis de ses fonctions. Etait-ce  à cause de notre campagne ? Nous n’en aurons jamais la certitude. Reste que nous, petite conclusion finale. 

 

“Nous avions non seulement affecté la structure mais nous l’avions en profondeur transformée”

 

 

Les jours suivants, à nouveau le téléphone de Lucile s’est remis à sonner dans son bureau Askola. C’était les habituels bureaucrates. Ils appelaient pour faire des menaces et annoncer que l’’administration se réformait. Le service du recteur désormais interviendrait immédiatement lorqu’un maire empêcherait un enfant d’entrer à l’école. Mais en retour il fallait ranger les armes : plus de presse, plus de tribunal. En effet, depuis ce jour, le rectorat intervient systématiquement lorsqu’un refus illégal est signalé et le maire s’exécute. Nous avions non seulement affecté la structure mais nous l’avions en profondeur transformée, du moins localement.

 

Mais les menaces étaient pressantes : les bureaucrates avaient été forcés de réformer leurs pratiques mais de toute évidence ça leur avait coûté et ils n’attendaient qu’une chose c’était de le faire payer. 

 

Quelques semaines plus tard arriva la conclusion de la procédure collective en justice. Celle qui était associée à la grande action de lancement de campagne : “la rentrée des…”  Devant les menaces et intimidations des bureaucrates, notamment de supprimer les fonds publics de Askola (qui en avait terriblement besoin pour son travail quotidien de médiation scolaire) l’équipe des meneuses réunit décida qu’il valait mieux ne pas faire de coup d’éclat. 

 

A l’occasion nous avons appris que le recteur avait été remplacé : était-ce à cause de nous ? Nous le savons pas. Mais nous  nous plaisons à le penser. 

“Nous avons conquis une île mais c’est l’archipel qu’il faudra aborder. le combat pour la justice n’est jamais rassasié. C’est pour ça que depuis des milliers d’années le combat de David contre Goliath est mené et raconté…”.

En fin de compte : le loup avait fini non seulement par se faire taper dessus, mais par quitter le bois.  Et nous avons encore gagné : les maires et le nouveau recteur ont été à nouveau condamnés. Nous ne l’avons pas crié sur les toits. l’Association Askola avait été mise financièrement en danger. Et le grand changement, de façon inattendu, nous l’avions accompli avant ce grand final. Nous avions gagné ? Pas tout à fait.

 

 Car nous savons que si le gens de pouvoir grâce à nous ont changé leur pratique, ils ne le font que lorsque les services du rectorat sont saisis contre un maire par un parent qui connaît la procédure. Qu’en est il des centaines, des milliers de parents qui vivent en bidonville, en squats, à la rue et qui arrivent seuls au guichet ? C’est sans doute pour s’autoriser à mépriser encore la vie de leurs enfants que les  bureaucrates en cédant au collectif des mamans se sont souciés de menacer l’équipe de Askola. 

 

Nous avons conquis une île mais c’est l’archipel qu’il faudra aborder. le combat pour la justice n’est jamais rassasié. C’est pour ça que depuis des milliers d’années le combat de David contre Goliath est mené et raconté….

 

A suivre…

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 8/9 : «Tout perdre ou bien tout gagner ! »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 8/9 : «Tout perdre ou bien tout gagner ! »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 8/9 : « Tout perdre ou bien tout gagner! »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

C’était non seulement la première défaite mais c’était peut-être la fin de la guerre ! Le collectif des mamans avait été frappé par surprise et mis à terre. Marina dans le coeur de qui les autres mamans avaient allumé la foi leur en voulait : elle l’avait illusionnée. Et les autres commencèrent à douter de leur pouvoir. Car si le juge avait cette fois donné raison au maire pour quelle raison cette décision n’allait il pas la répeter ? C’était sans doute l’effet des pressions qui du côté des gens de pouvoir arrivait. C’était l’effet obscur de la structure qui contre-attaque. Le collectif des mamans était sonné.

“cette certitude, un organizer doit la communiquer aux leaders qu’il entraîne qui eux-mêmes doivent la communiquer aux gens qu’ils vont engager dans l’action. Mais cette certitude est toujours simulée : car l’incertitude en politique est la seule vérité

Alisa, Mirela, Lucile, Emmanuelle avaient un genou à terre. Non seulement l’adversaire avait porté un coup imprévisible mais son coup était puissant. Alors, en tant qu’organizer mon rôle fut, en urgence de les rassembler  : comme un entraîneur va s’asseoir à côté du boxeur dans le coin du ring après qu’il a été sonné. 

Il fallait comprendre ce qu’il s’était passé, mesurer les dégâts, souffler,  retrouver courage et espoir, et adapter la stratégie, décider par quelle tactique le collectif des mamans, allait non seulement se relever, mais repartir au combat. 

 L’avocate du collectif, Anina, était à leurs côtés. Perplexe, et également sonnée.  La décision du juge, par quel  bout qu’on la prenne, était anormale : pourquoi avait-il donné raison à la “méchante” mairesse contre Marina, la maman qui défendait le droit de son enfant d’aller à l’école. 

La décision était contraire à la morale, bien sûr, au bon sens, mais surtout contraire à la loi. 

Je les aidai à analyser. Soit le juge avait décidé sous la pression de gens de pouvoir – est ce que c’était notre grand méchant loup -le recteur- qui dans l’obscurité du bois s’était manifesté pour nous frapper ?- soit il avait fait une grave faute de droit. Nous ne le saurons jamais avec certitude. Nul ne voit jamais clair dans les visages du pouvoir. 

Et l’incertitude est ce qui caractérise le contexte de toute action politique, c’est la nature même de ce qui se passe dans un champ de bataille que d’être incertain. Un stratège, (tout bon leader est un stratège, et c’est le rôle de l’organizer que de l’y entraîner) il fait son plan juché en haut de sa montagne en regardant le champ de bataille et avant que la bataille ait commencé. Le plan le moins imparfait réduit dans le champ de son déroulement la part du hasard, de l’incertitude : “Si tout se déroule comme prévu, on va gagner” Avant d’engager les gens dans le combat il faut être au plus près de cette certitude. Car cette certitude, un organizer doit la communiquer aux leaders qu’il entraîne qui eux-mêmes doivent la communiquer aux gens qu’ils vont engager dans l’action. Mais cette certitude est toujours simulée : car l’incertitude en politique est la seule vérité. Toutefois, en ce qui me concerne, je n’engage pas des gens des une action si le plan élaboré ne m’assure pas que j’ai 80  % de chance de remporter la victoire. 20 % c’est la place que j’accorde au hasard. 

Le génie stratégique consiste à composer dans l’instant avec le hasard qui surgit : le hasard est la matière de la stratégie, et il y a là quelque chose qui est de l’ordre du mystère ou de l’intuition

Car le hasard c’est le chaos, le chaos est l’ennemi de l’organisation….Mais le hasard, ce peut être aussi l’opportunité. 

Aussi proche de la perfection que soit le plan élaboré, la stratégie, dés  que les membres de l’organisation mettent en oeuvre les tactiques pensées, dés qu’ils s’engagent par les actions dans le champ de bataille, le hasard surgit de tous les côtés. Aussi réduite a été la place qui lui a été dans le plan accordé. 

Le génie stratégique consiste à composer dans l’instant avec le hasard qui surgit : le hasard est la matière de la stratégie, et il y a là quelque chose qui est de l’ordre du mystère ou de l’intuition. 

C’est pour cela que nombreux grands stratèges dans l’histoire attribuaient leur décision aux présages ou à l’inspiration… Mais c’est aussi un autre sujet. C’est par là que l’acte de décision stratégique ressemble à l’acte de création en art….

Quoi qu’il en soit, Anina eût une idée. Et c’est cette idée qui nous a sauvés. 

Le hasard surgit dans le champ de  bataille sous l’aspect d’une contrainte ou d’une opportunité. Elle eût l’idée de transformer la contrainte, ou le malheur, en chance, en opportunité. 

Le collectif des mamans n’allait pas seulement contester la décision du juge, mais il allait porter le litige devant la plus haute instance juridictionnel : devant le conseil d’Etat  ! 

C’est un peu comme si dans un jeu d’argent après avoir perdu 99% de son trésor, un joueur surenchissait par-dessus l’adversaire par une somme démesurée. C’était un grand bluff. Nous pouvions tout perdre ou bien tout gagner. 

Le risque était grand, il était à la mesure de la mise, et à la mesure de la chance. Nous entrions dans une danse entre le hasard et la certitude

Le risque était grand, il était à la mesure de la mise, et à la mesure de la chance. Nous entrions dans une danse entre le hasard et la certitude. La décision du conseil d’Etat pourrait si elle donnait raison aux méchants de sa décision, la nouvelle loi, la nouvelle règle.  Nous perdrions alors non seulement la bataille pour l’enfant de Marina, mais ce serait la fin tragique de notre histoire : l’injustice l’emporterait, les méchants gagneraient, et la vie des enfants pour qui nous ne battions seraient jetées parmi les ordures à quoi les gens de pouvoir dans le département les vouaient. 

Plus grave encore : nous prenions le risque d’anéantir  le décret gagné il y avait longtemps par le collectif #EcolePourTous et qui était le levier sur quoi nous avions appuyé toute notre campagne. 

Autant dire qu’aller au conseil d’Etat c’était prendre le risque que tout s’effondre. Non seulement perdre notre guerre, mais perdre rétroactivement les guerres de ceux qui nous ont précédés. 

Mais c’était aussi notre chance : nous sentions que nous arrivions à la fin de notre histoire : par accident tout se précipitait. Le drame allait se dénouer.  C’était un face à face terminal dans quoi le collectif des mamans allait s’engager. Il avait  tout à gagner et tout à perdre : aucun calcul ne pouvait nous garantir  la victoire. Alors chacune dans le petit groupe de meneuse, Anina, en premier, surmonta le doute qui l’angoissait, et Mirela et Alisa annoncèrent aux membres du collectif comment elles allaient se rélever. 

Et à vrai dire, en bonnes meneuses, elles dissimulèrent d’abord qu’elles avaient été à terre. Car le courage et l’espérance sont les deux substances qui dans les coeurs de celles qui combattent font gagner la guerre. 

 

Toute cette campagne était un jeu depuis le début, mais un jeu dont la fin peut avoir des conséquences dramatiques sur la réalité

Il fallait mettre toutes les forces du collectif des mamans dans ce dernier acte et pour mobiliser les forces il faut donner courage : Ce qui supposait faire un peu de théâtre. Toute cette campagne était un jeu depuis le début, mais un jeu dont la fin peut avoir des conséquences dramatiques sur la réalité. 

En sortant du bois sans se montrer, le recteur avait commis une faute fatale. Il avait tenté de nous piéger mais son piège, le collectif des mamans  allait  le retourner. Car le dernier acte de cette  histoire, de notre David contre Goliath, c’était maintenant l’histoire de la petite fille innocente Maria, contre le Ministre. On allait engager la responsabilité de ce dernier et le raconter.On dit que le leadership c’est convaincre les autres de passer à l’action en dépit de l’incertitude. C’est pour ça qu’un des plus grands défi de l’action pour la justice, le plus décisif des combats, le lieu de la grande bataille il est dans le coeur des gens. L’acte qui fait la différence c’est celui qui change dans le le coeur des offensés la peur  en courage. 

Mais hélas rien n’est pur dans ce monde. Avant de partir livrer cette dernière bataille, la plus grande, celle dont nous percevions qu’elle était le  grand final -dont les femmes du collectif sortiraient vainqueurs ou plus humilées encore-  elles avaient rassemblé toutes leurs meilleures armes. Et parmi ces armes une était  redoutable. 

Quelques semaines auparavant, dans le cadre d’une autre campagne que j’organisais en lien avec les problématiques rencontrées par des Mineurs non Accompagnées nous avions fait du député européen Raphaël Glucksman un allié. Et ce dernier possédait une arme qui serait utile au dernier acte de l’histoire du collectif des mamans. Son compte Instagram. 

Nous allions l’utiliser. Mais avant cela il fallait l’intéresser à la cause. Après un rendez-vous organisé et préparé, ce fut chose faite. Il serait de la bataille. 

La tactique (l’action) était la suivante  :  le jour de l’audience au conseil d’Etat, le collectif des mamans lancerait une pétition qui serait diffusée sur le compte instagram du député et animée par son équipe. l’Histoire injuste de Marina et son enfant humiliée par la méchante mairesse d’une commune de la Seine-Saint-Denis allait atteindre ce jour même une audience imprévue. Et comme l’affaire serait portée devant le Conseil d’Etat ce ne serait pas seulement la responsabilité de la mairesse qui allait être engagée mais celle du gouvernement français en la personne du Ministre de l’Education. En l’occurrence ici : Pap Ndiaye. C’est lui qui serait la cible de la mise en accusation publique, de la honte. C’est lui qui non seulement deviendrait le méchant de l’histoire mais qui serait aussi en cas de victoire  personne jugée fautive, responsable de cette infâmie. 

aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux.

 

Tout était prêt. Mais rien n’était possible sans que Marina entre en action. La cible était claire, l’arme chargée, il ne manquait que sa décision. Rien n’était possible si elle ne se constituait pas plaignante. Toute l’issue de la guerre dépendait de son hésitation  entre la peur et le courage. le site décisif du champ de  bataille était le secret de son coeur

 

Or, découragée par la défaite inattendue : à nouveau, elle disait “Non !”. Elle avait accordé une fois sa confiance car Alisa et Mirela lui avaient donné espoir. Mais elle avait perdu. . Elle ne croyait plus en le pouvoir du collectif des mamans . C’était dans son consentement que résidait le fin mot de l’histoire. C’est moins dans la décision du juge que dans son coeur que se déciderait la victoire. 

 

Mais rien à faire: aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux. De son point de vue elle n’avait rien à perdre que ce qu’elle estimait perdu déjà comme il avait été pour elle perdu à la naissance : la dignité de son enfant. 

(La suite dans le prochain épisode….)

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