La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 1/9  » une histoire de pouvoir pour le présent »

Récit de bataille

« La révolte du camp des familles tizganes »

Épisode 1/9 : « Une histoire de pouvoir pour le présent »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

 

 

 « Le choix de se révolter ou de se soumettre c’est de ça dont je vais vous parler, en vous parlant de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944 »

Je m’appelle Pierre Chopinaud. Je suis un écrivain. J’écris des romans en langue française qui racontent les drames intimes qui agitent le cœur des hommes et des femmes mais aussi les grands drames historiques que traversent depuis ses débuts l’humanité. Les histoires que j’imagine sont traversées par la guerre en ex-yougoslavie, la seconde guerre mondiale, mais aussi les guerres des perses contre les grecs pendant l’antiquité. Surtout dans les romans que j’écris je raconte comment ces grands drames de l’histoire humaine entrent dans le cœur des hommes et des femmes et agissent sur leur destinées, les décisions qu’ils prennent, le choix de se révolter ou de soumettre, d’être indifférent ou de s’engager, pour soi, ou pour les autres. 

Au fond c’est de ça aujourd’hui chers amis dont je vais vous parler, en vous disant quelques mots de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944, et du mouvement romani resistance que j’ai co-fondé entre 2010 et 2015, en France, à Paris ou plus exactement, dans la banlieue nord de Paris, à Saint-Denis, qui est aussi le lieu où il est fait mention pour la première fois de la présence en 1427 de personnes romanis en France.

« L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité »

 

Je vous parle aujourd’hui en tant qu’organisateur politique radical car c’est à ce titre que j’ai co-fondé le mouvement du 16 mai.  L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité. La maxime fondamentale de cet art politique c’est « il n’y pas de justice sans pouvoir ». Ce à quoi j’ai personnellement ajouté en tant que slogan de l’organisation Conatus que j’ai fondé pour exercé collectivement cet art : « les derniers sont les premiers ». C’est un slogan que j’emprunte à la bible, au nouveau testament, à Jésus Christ si vous voulez, mais je le tiens plus précisément du Pasteur Martin Luther King, organisateur politique radical, qui a été un des leaders du mouvement des africain américain pour les droits civiques. Si l’organisation politique radicale est comme un art martial, Martin Luther King, et sa révolution non violente, est notre Bruce Lee. 

Je vous parle de ça car le mouvement romani résistance, le mouvement du 16 mai, l’histoire de la révolte du « camps des familles tziganes  d’Auschwitz-Birkenau », le 16 mai 1944, est une histoire de pouvoir. Plus exactement cela raconte comme utiliser l’histoire et les histoires comme une technique de leadership pour construire du pouvoir, et œuvrer à la justice, non seulement, la justice mémorielle, mais la justice pour maintenant. 

 

« Les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement »

 

A l’âge de 17 ans, où j’ai commencé à être un peu aventurier. C’était précisément ma dernière année de lycée, et c’était aussi l’année de la guerre du Kosovo où les gouvernements européens et américains bombardaient la Serbie et le Kosovo pour mettre fin à cette guerre. J’étais perplexe devant les excès de la propagande d’Etat dans mon pays qui justifiait cette campagne de bombardement. Comme je voulais devenir écrivain et faire de la politique,  j’ai décidé que ma place était au milieu des gens là-bas à essayer de me rendre utile au milieu de la catastrophe, et que j’apprendrai plus là-bas qu’en allant écouter des gens savants parler à l’université. 

 

Là-bas fut ma première profonde et longue rencontre avec des homme, des femmes romanis. J’avais dix-huit ans. J’étais dans la commune de Suto Orizari, que la plupart d’entre vous j’imagine connaissent. Lieux extraordinaire dans la banlieue de Skopje, capitale de la Macédoine du Nord, seule commune au monde à l’intégralité du conseil municipal, dont le maire, appartient à la nation  romani, où les enfants et les adolescents dans les écoles et les collèges apprendre en romani la la langue romani littéraire écrite par ailleurs par des artistes qui habitent, pour certains, dans leur rue, dans leur quartier, la langue que chacun parle, dans ses différentes variantes locales, au magasin, à l’hôpital, sur le marché. Langue par ailleurs que là bas j’ai apprise et que je parle maintenant plus de vingt ans après quotidiennement avec ma fille. J’étais accueilli  là-bas dans une petite organisation sociale dont la majorité des employés étaient romani et qui s’occupait d’identifier, enregistrer, accompagner dans l’accès à leurs droits, les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » !

J’ai alors  écouté les récits que les gens faisaient de la guerre aussi absurde que violente qui les avaient chassés de la terre à laquelle ils appartenaient, depuis des siècles, au milieu de l’Europe. J’ai senti, confusément d’abord, c’est-à-dire, dans mon cœur, que les principes et les valeurs portées par les histoires que depuis l’enfance partout, j’entendais, à l’école, dans les livres, les principes et les valeurs qui fondent l’Europe, en tant que civilisation, n’étaient ici d’aucune réalité : la dignité de chaque être qui doit être protégée par le droit qui lui appartient, parce qu’il est un homme, ou une femme, ou un enfant : la dignité que se doit de garantir en chacun institutions, les Etats, les Organisations Internationales, la Commission Européenne. 

« Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes »

Toutes les histoires, toutes les grandes déclarations étaient ici lettre morte en face des petites récits des gens qui nous racontaient la détresse au milieu de laquelle ils étaient et plus encore la détresse de ceux qui n’avaient pu partir, et qui étaient restés, au milieu de la haine nationalistes des uns et des autres. Et surtout au milieu des armes, du feu qui ne s’était pas tout à fait éteint dans la ville de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, où des hommes, des femmes, des enfants, romani étaient protégées par l’ONU, dans un camp, construit sur une terre empoisonnée par le plomb, qui, alors même qu’ils avaient survécu à l’incendie de leur quartier, à la folie meurtrière des nationalistes d’un camp et de l’autre, le tuaient, lentement, par en-dessous, si je puis dire, sous la responsabilité de l’organisation intergouvernemental fondée après la seconde guerre mondiale pour protéger les enfants, les hommes, et les femmes, lorsqu’ils sont mis en danger par l’Etat dont ils sont les citoyens. Le contingent de l’Onu responsable de cette catastrophe était français, je sentais dans mon cœur que par ce désastre j’étais particulièrement concerné. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » ! Plus jamais des enfants, des hommes, et des femmes ne doivent être placés dans l’état de détresse où d’indignité où ils ont été placés par les haines racistes et nationalistes dans la seconde guerre mondiale. Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes, et ceux qui restaient achevaient de mourir sous la responsabilité de l’organisation des nations unies chargées de les protéger, dans un état affaiblissement collectif organisé qui n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale. 

 (La suite dans le prochain épisode….)

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 9/9 : «Le champ de bataille c’est le cœur des gens »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 9/9 : «Le champ de bataille c’est le cœur des gens »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 9/9 : « Le champ de bataille c’est  le coeur des gens »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

Mais rien à faire: aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux. De son point de vue elle n’avait rien à perdre que ce qu’elle estimait perdu déjà comme il avait été pour elle perdu à la naissance : la dignité de son enfant.

Il faut parfois pour un bien plus grand passer par un bien moins grand : voire un petit mal. C’est l’éternelle question du rapport de la fin et des moyens

Le champ de bataille est dans le coeur des gens. Et l’histoire est impure. Il faut parfois pour un bien plus grand passer par un bien moins grand : voire un petit mal. C’est l’éternelle question du rapport de la fin et des moyens. Et pour bien comprendre, pour vaincre la peur dans la coeur de Marina,  le collectif des mamans  a du cette fois y  faire croitre une peur plus grande encore. C’était un dilemme moral. C’est mal de forcer quelqu’un à faire quelque chose qu’elle ne veut pas. Mais abandonner le combat pour  être moralement pur c’était condamné tous les enfants comme la fille de Marina à ne jamais aller à l’école. C’était perdre tout ce que le collectif avait gagné depuis un an, et plus encore c’était faire perdre les enfants ici mais aussi en Guyane, à Mayotte, tous les enfants de France qui vivent en Bidonville. N’était-ce pas un plus grand mal encore ? A quoi servirait notre conscience pure en face des milliers d’enfants qui retomberaient dans le sac à ordure des vies qui ne comptent pas. 

Ce problème est vieux comme le monde, aussi vieux que David et Goliath. Et bien souvent les militants y répondent avec leur tête, avec leur raison, comme le philosophe allemand “des lumières”  Emmanuelle Kant : “agis chaque fois et partout de telle sorte que la maxime de ton action soit vraie universellement”. Si je mens une fois, je fais une loi du mensonge. Aucune fin juste  ne  justifie un moyen injuste. Un moyen mauvais corrompt sa fin. 

dans le champ de l’action ou autour de lui, ceux qui préfèrent garder la conscience absolument pure, du moins suivant l’idée qu’ils s’en font (car les règles de la pureté sont relatives à chacun), sont bien souvent ceux qui n’ont pas nécessairement besoin du changement recherché par l’action

Mais les stratèges de son temps  répondaient à Emmanuel Kant : “toi le philosophe, dans ta chambre, tu as les mains propres, mais c’est parce que tu n’as pas de main” : ce qui veut dire : tu es un homme qui ne connaît pas l’action. Car le champ de l’action n’est pas celui de la rationalité pure et la loi morale ne fonctionne que pour celui qui ne fait rien. Celui-là aura toujours la conscience tranquille. 

 

C’est pourquoi dans le champ de l’action ou autour de lui , ceux qui préfèrent garder la conscience absolument pure, du moins suivant l’idée qu’ils s’en font (car les règles de la pureté sont relatives a chacun), sont bien souvent ceux qui n’ont pas nécessairement besoin du changement recherché par l’action. Ils ont souvent plus besoin de la pureté de leur conscience que de se salir les mains. 

 

Or les membres du collectif des mamans avaient toutes nécessairement besoin du changement qu’elles cherchaient en agissant : car il en allait de la dignité de leurs enfants ; c’est cette vive conscience du besoin de changement qui les avait mise en action et leur avait faite construire du pouvoir, gravir des marches, et remporter des victoires. 

 

Elles n’avaient pas pu convaincre par l’espérance  Marina de poursuivre le combat, elles ne perdraient pas toute la guerre pour autant, elles la convaincraient en la “terrorisant”. C’est l’avocate qui prit la responsabilité de se salir les mains.  La peur l’empêchait d’agir, la peur la forcerait. Maître Anina Ciuciu dit que si elle ne se présentait pas au conseil d’Etat, elle lui facturerait l’ensemble de la procédure depuis le début du combat. Elle aurait une dette immense à son égard et ’elle ne la lâcherait pas. C’était du bluff bien entendu. Marina avait vu Anina prête à se battre contre le Ministre elle n’était pas prête à se battre contre Anina : plutôt affronter son mari.

Marina avait eu peur d’Anina mais maintenant elle était fière et heureuse : elle avait avec les autres gagner non pas seulement contre la dame au guichet, non pas seulement contre  la mairesse, non pas seulement contre le recteur, mais contre le Ministre de l’Education, contre  l’Etat 

 

Le jour J elle était prête,parmi les autres mamans, à entrer dans la salle  du conseil d’Etat. Nous avions déclenché l’offensive. Le nom de la mairesse et de la fille de Marina était partout sur les réseaux sociaux. Il y avait déjà des articles dans la presse. Le gens partout en France,  par milliers signaient la pétition. Les mamans du collectif, habillées comme pour aller à l’église, entraient dans les grandes salles d’or et de pourpre du Palais Royal où se tient la plus haute juridiction de la République Française afin de reconquérir la valeur de la vie de leurs enfants. 

 

Pour esquiver la condamnation, le ministre le jour même appela en personne la mairesse de l’école de la commune pour la forcer à inscrire la petite fille à l’école. C’était une course contre la montre : si elle était inscrite avant que le juge ne se prononce : la République française esquiverait l’humiliation. Imaginez la tête de la mairesse ce matin là devant son téléphone?  Imaginez la tête du juge du tribunal de montreuil qui avait donné raison à la mairesse contre Marina ? Imaginez la tête du recteur qui peut-être lui en avait, d’une façon ou d’une autre donné l’ordre ?

 

“Elles avaient tué le “grand boss”, gagner le jeu. La partie était finie.”

A la sortie du conseil d’Etat les mamans sortirent une grande  banderole, leurs enfants couraient et jouaient entre les célébres colonnes noire et blanche de Buren. L’enfant avait été inscrit, le Ministre n’avait pas été sanctionné, mais nous avions gagné ! Et déjà  nous le racontions, la presse était là : “ un collectif de mères en précarité à gagner contre l’Etat” écrivait le lendemain la journaliste de Mediapart qui depuis le premier jour suivait notre aventure.  La maman de Maria avait eu peur d’Anina mais maintenant elle était fière et heureuse : elle avait avec les autres gagner non pas seulement contre la dame au guichet, non pas seulement contre  la mairesse, non pas seulement contre le recteur, mais contre le Ministre de l’Education, contre  l’Etat. 

 

Elles avaient tué le “grand boss”, gagner le jeu. La partie était finie. 

 

Le recteur, si toutefois, il n’était pour rien dans l’invraisemblable décision du juge avait fait une irrémédiable erreur. En croyant nous écraser il nous avait donné une arme pour frapper plus fort. Notre droit était plus encore enfoncé dans le marbre de la loi. Le ministre avait du frapper du point sur la table et son coup avait du retentir à tous les étages de l’administration. 

 

Quelques semaines après nous apprirent que le recteur avait été démis de ses fonctions. Etait-ce  à cause de notre campagne ? Nous n’en aurons jamais la certitude. Reste que nous, petite conclusion finale. 

 

“Nous avions non seulement affecté la structure mais nous l’avions en profondeur transformée”

 

 

Les jours suivants, à nouveau le téléphone de Lucile s’est remis à sonner dans son bureau Askola. C’était les habituels bureaucrates. Ils appelaient pour faire des menaces et annoncer que l’’administration se réformait. Le service du recteur désormais interviendrait immédiatement lorqu’un maire empêcherait un enfant d’entrer à l’école. Mais en retour il fallait ranger les armes : plus de presse, plus de tribunal. En effet, depuis ce jour, le rectorat intervient systématiquement lorsqu’un refus illégal est signalé et le maire s’exécute. Nous avions non seulement affecté la structure mais nous l’avions en profondeur transformée, du moins localement.

 

Mais les menaces étaient pressantes : les bureaucrates avaient été forcés de réformer leurs pratiques mais de toute évidence ça leur avait coûté et ils n’attendaient qu’une chose c’était de le faire payer. 

 

Quelques semaines plus tard arriva la conclusion de la procédure collective en justice. Celle qui était associée à la grande action de lancement de campagne : “la rentrée des…”  Devant les menaces et intimidations des bureaucrates, notamment de supprimer les fonds publics de Askola (qui en avait terriblement besoin pour son travail quotidien de médiation scolaire) l’équipe des meneuses réunit décida qu’il valait mieux ne pas faire de coup d’éclat. 

 

A l’occasion nous avons appris que le recteur avait été remplacé : était-ce à cause de nous ? Nous le savons pas. Mais nous  nous plaisons à le penser. 

“Nous avons conquis une île mais c’est l’archipel qu’il faudra aborder. le combat pour la justice n’est jamais rassasié. C’est pour ça que depuis des milliers d’années le combat de David contre Goliath est mené et raconté…”.

En fin de compte : le loup avait fini non seulement par se faire taper dessus, mais par quitter le bois.  Et nous avons encore gagné : les maires et le nouveau recteur ont été à nouveau condamnés. Nous ne l’avons pas crié sur les toits. l’Association Askola avait été mise financièrement en danger. Et le grand changement, de façon inattendu, nous l’avions accompli avant ce grand final. Nous avions gagné ? Pas tout à fait.

 

 Car nous savons que si le gens de pouvoir grâce à nous ont changé leur pratique, ils ne le font que lorsque les services du rectorat sont saisis contre un maire par un parent qui connaît la procédure. Qu’en est il des centaines, des milliers de parents qui vivent en bidonville, en squats, à la rue et qui arrivent seuls au guichet ? C’est sans doute pour s’autoriser à mépriser encore la vie de leurs enfants que les  bureaucrates en cédant au collectif des mamans se sont souciés de menacer l’équipe de Askola. 

 

Nous avons conquis une île mais c’est l’archipel qu’il faudra aborder. le combat pour la justice n’est jamais rassasié. C’est pour ça que depuis des milliers d’années le combat de David contre Goliath est mené et raconté….

 

A suivre…

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 8/9 : «Tout perdre ou bien tout gagner ! »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 8/9 : «Tout perdre ou bien tout gagner ! »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 8/9 : « Tout perdre ou bien tout gagner! »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

C’était non seulement la première défaite mais c’était peut-être la fin de la guerre ! Le collectif des mamans avait été frappé par surprise et mis à terre. Marina dans le coeur de qui les autres mamans avaient allumé la foi leur en voulait : elle l’avait illusionnée. Et les autres commencèrent à douter de leur pouvoir. Car si le juge avait cette fois donné raison au maire pour quelle raison cette décision n’allait il pas la répeter ? C’était sans doute l’effet des pressions qui du côté des gens de pouvoir arrivait. C’était l’effet obscur de la structure qui contre-attaque. Le collectif des mamans était sonné.

“cette certitude, un organizer doit la communiquer aux leaders qu’il entraîne qui eux-mêmes doivent la communiquer aux gens qu’ils vont engager dans l’action. Mais cette certitude est toujours simulée : car l’incertitude en politique est la seule vérité

Alisa, Mirela, Lucile, Emmanuelle avaient un genou à terre. Non seulement l’adversaire avait porté un coup imprévisible mais son coup était puissant. Alors, en tant qu’organizer mon rôle fut, en urgence de les rassembler  : comme un entraîneur va s’asseoir à côté du boxeur dans le coin du ring après qu’il a été sonné. 

Il fallait comprendre ce qu’il s’était passé, mesurer les dégâts, souffler,  retrouver courage et espoir, et adapter la stratégie, décider par quelle tactique le collectif des mamans, allait non seulement se relever, mais repartir au combat. 

 L’avocate du collectif, Anina, était à leurs côtés. Perplexe, et également sonnée.  La décision du juge, par quel  bout qu’on la prenne, était anormale : pourquoi avait-il donné raison à la “méchante” mairesse contre Marina, la maman qui défendait le droit de son enfant d’aller à l’école. 

La décision était contraire à la morale, bien sûr, au bon sens, mais surtout contraire à la loi. 

Je les aidai à analyser. Soit le juge avait décidé sous la pression de gens de pouvoir – est ce que c’était notre grand méchant loup -le recteur- qui dans l’obscurité du bois s’était manifesté pour nous frapper ?- soit il avait fait une grave faute de droit. Nous ne le saurons jamais avec certitude. Nul ne voit jamais clair dans les visages du pouvoir. 

Et l’incertitude est ce qui caractérise le contexte de toute action politique, c’est la nature même de ce qui se passe dans un champ de bataille que d’être incertain. Un stratège, (tout bon leader est un stratège, et c’est le rôle de l’organizer que de l’y entraîner) il fait son plan juché en haut de sa montagne en regardant le champ de bataille et avant que la bataille ait commencé. Le plan le moins imparfait réduit dans le champ de son déroulement la part du hasard, de l’incertitude : “Si tout se déroule comme prévu, on va gagner” Avant d’engager les gens dans le combat il faut être au plus près de cette certitude. Car cette certitude, un organizer doit la communiquer aux leaders qu’il entraîne qui eux-mêmes doivent la communiquer aux gens qu’ils vont engager dans l’action. Mais cette certitude est toujours simulée : car l’incertitude en politique est la seule vérité. Toutefois, en ce qui me concerne, je n’engage pas des gens des une action si le plan élaboré ne m’assure pas que j’ai 80  % de chance de remporter la victoire. 20 % c’est la place que j’accorde au hasard. 

Le génie stratégique consiste à composer dans l’instant avec le hasard qui surgit : le hasard est la matière de la stratégie, et il y a là quelque chose qui est de l’ordre du mystère ou de l’intuition

Car le hasard c’est le chaos, le chaos est l’ennemi de l’organisation….Mais le hasard, ce peut être aussi l’opportunité. 

Aussi proche de la perfection que soit le plan élaboré, la stratégie, dés  que les membres de l’organisation mettent en oeuvre les tactiques pensées, dés qu’ils s’engagent par les actions dans le champ de bataille, le hasard surgit de tous les côtés. Aussi réduite a été la place qui lui a été dans le plan accordé. 

Le génie stratégique consiste à composer dans l’instant avec le hasard qui surgit : le hasard est la matière de la stratégie, et il y a là quelque chose qui est de l’ordre du mystère ou de l’intuition. 

C’est pour cela que nombreux grands stratèges dans l’histoire attribuaient leur décision aux présages ou à l’inspiration… Mais c’est aussi un autre sujet. C’est par là que l’acte de décision stratégique ressemble à l’acte de création en art….

Quoi qu’il en soit, Anina eût une idée. Et c’est cette idée qui nous a sauvés. 

Le hasard surgit dans le champ de  bataille sous l’aspect d’une contrainte ou d’une opportunité. Elle eût l’idée de transformer la contrainte, ou le malheur, en chance, en opportunité. 

Le collectif des mamans n’allait pas seulement contester la décision du juge, mais il allait porter le litige devant la plus haute instance juridictionnel : devant le conseil d’Etat  ! 

C’est un peu comme si dans un jeu d’argent après avoir perdu 99% de son trésor, un joueur surenchissait par-dessus l’adversaire par une somme démesurée. C’était un grand bluff. Nous pouvions tout perdre ou bien tout gagner. 

Le risque était grand, il était à la mesure de la mise, et à la mesure de la chance. Nous entrions dans une danse entre le hasard et la certitude

Le risque était grand, il était à la mesure de la mise, et à la mesure de la chance. Nous entrions dans une danse entre le hasard et la certitude. La décision du conseil d’Etat pourrait si elle donnait raison aux méchants de sa décision, la nouvelle loi, la nouvelle règle.  Nous perdrions alors non seulement la bataille pour l’enfant de Marina, mais ce serait la fin tragique de notre histoire : l’injustice l’emporterait, les méchants gagneraient, et la vie des enfants pour qui nous ne battions seraient jetées parmi les ordures à quoi les gens de pouvoir dans le département les vouaient. 

Plus grave encore : nous prenions le risque d’anéantir  le décret gagné il y avait longtemps par le collectif #EcolePourTous et qui était le levier sur quoi nous avions appuyé toute notre campagne. 

Autant dire qu’aller au conseil d’Etat c’était prendre le risque que tout s’effondre. Non seulement perdre notre guerre, mais perdre rétroactivement les guerres de ceux qui nous ont précédés. 

Mais c’était aussi notre chance : nous sentions que nous arrivions à la fin de notre histoire : par accident tout se précipitait. Le drame allait se dénouer.  C’était un face à face terminal dans quoi le collectif des mamans allait s’engager. Il avait  tout à gagner et tout à perdre : aucun calcul ne pouvait nous garantir  la victoire. Alors chacune dans le petit groupe de meneuse, Anina, en premier, surmonta le doute qui l’angoissait, et Mirela et Alisa annoncèrent aux membres du collectif comment elles allaient se rélever. 

Et à vrai dire, en bonnes meneuses, elles dissimulèrent d’abord qu’elles avaient été à terre. Car le courage et l’espérance sont les deux substances qui dans les coeurs de celles qui combattent font gagner la guerre. 

 

Toute cette campagne était un jeu depuis le début, mais un jeu dont la fin peut avoir des conséquences dramatiques sur la réalité

Il fallait mettre toutes les forces du collectif des mamans dans ce dernier acte et pour mobiliser les forces il faut donner courage : Ce qui supposait faire un peu de théâtre. Toute cette campagne était un jeu depuis le début, mais un jeu dont la fin peut avoir des conséquences dramatiques sur la réalité. 

En sortant du bois sans se montrer, le recteur avait commis une faute fatale. Il avait tenté de nous piéger mais son piège, le collectif des mamans  allait  le retourner. Car le dernier acte de cette  histoire, de notre David contre Goliath, c’était maintenant l’histoire de la petite fille innocente Maria, contre le Ministre. On allait engager la responsabilité de ce dernier et le raconter.On dit que le leadership c’est convaincre les autres de passer à l’action en dépit de l’incertitude. C’est pour ça qu’un des plus grands défi de l’action pour la justice, le plus décisif des combats, le lieu de la grande bataille il est dans le coeur des gens. L’acte qui fait la différence c’est celui qui change dans le le coeur des offensés la peur  en courage. 

Mais hélas rien n’est pur dans ce monde. Avant de partir livrer cette dernière bataille, la plus grande, celle dont nous percevions qu’elle était le  grand final -dont les femmes du collectif sortiraient vainqueurs ou plus humilées encore-  elles avaient rassemblé toutes leurs meilleures armes. Et parmi ces armes une était  redoutable. 

Quelques semaines auparavant, dans le cadre d’une autre campagne que j’organisais en lien avec les problématiques rencontrées par des Mineurs non Accompagnées nous avions fait du député européen Raphaël Glucksman un allié. Et ce dernier possédait une arme qui serait utile au dernier acte de l’histoire du collectif des mamans. Son compte Instagram. 

Nous allions l’utiliser. Mais avant cela il fallait l’intéresser à la cause. Après un rendez-vous organisé et préparé, ce fut chose faite. Il serait de la bataille. 

La tactique (l’action) était la suivante  :  le jour de l’audience au conseil d’Etat, le collectif des mamans lancerait une pétition qui serait diffusée sur le compte instagram du député et animée par son équipe. l’Histoire injuste de Marina et son enfant humiliée par la méchante mairesse d’une commune de la Seine-Saint-Denis allait atteindre ce jour même une audience imprévue. Et comme l’affaire serait portée devant le Conseil d’Etat ce ne serait pas seulement la responsabilité de la mairesse qui allait être engagée mais celle du gouvernement français en la personne du Ministre de l’Education. En l’occurrence ici : Pap Ndiaye. C’est lui qui serait la cible de la mise en accusation publique, de la honte. C’est lui qui non seulement deviendrait le méchant de l’histoire mais qui serait aussi en cas de victoire  personne jugée fautive, responsable de cette infâmie. 

aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux.

 

Tout était prêt. Mais rien n’était possible sans que Marina entre en action. La cible était claire, l’arme chargée, il ne manquait que sa décision. Rien n’était possible si elle ne se constituait pas plaignante. Toute l’issue de la guerre dépendait de son hésitation  entre la peur et le courage. le site décisif du champ de  bataille était le secret de son coeur

 

Or, découragée par la défaite inattendue : à nouveau, elle disait “Non !”. Elle avait accordé une fois sa confiance car Alisa et Mirela lui avaient donné espoir. Mais elle avait perdu. . Elle ne croyait plus en le pouvoir du collectif des mamans . C’était dans son consentement que résidait le fin mot de l’histoire. C’est moins dans la décision du juge que dans son coeur que se déciderait la victoire. 

 

Mais rien à faire: aucun mot n’arrivait à lui redonner courage. La peur et la résignation avait repris le dessus : sa peur de maman était le lieu de notre naufrage. Elle refusait d’agir et c’était son droit le plus impérieux. De son point de vue elle n’avait rien à perdre que ce qu’elle estimait perdu déjà comme il avait été pour elle perdu à la naissance : la dignité de son enfant. 

(La suite dans le prochain épisode….)

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 7/9 : « celui qui domine n’en a jamais assez »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 7/9 : « celui qui domine n’en a jamais assez »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 7/9 : « Celui qui domine n’en a jamais assez! »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

La pression continuait de monter et le teléphone de Lucile dans son bureau continuait de sonner. Dans le bois, les méchants s’agitaient ; les conseils et menaces des bureaucrates de l’administration publique devenaient de plus en plus rapprochés. Jusqu’à ce qu’un jour d’hiver, quelques mois après la grande action de rentrée scolaire :  tout fut au bord de s’effondrer. Alors que le collectif des mamans était  au plus haut de sa puissance, que le coeur de chacune etait gonflé d’amour, de joie et de fierté, que chacune sentait la grande victoire approcher, un retournement les  mena au bord de la défaite….

“Marina était si faible et si fragile, si impuissante, qu’il ne lui serait pas venue à l’idée qu’elle avait le droit de ne pas subir cette humiliation

Un matin d’hiver, donc, comme cela arrivait encore chaque semaine, une   jeune maman, Marina, qui vivait en bidonville s’était vu refuser l’inscription à l’école de son enfant par la maire de sa commune de résidence. En toute illégalité, elle avait comme nombreux autres parents été humiliée. 

Malheureusement après un an de combat c’était encore la routine pour l’équipe meneuse du collectif des mamans. En dépit des nombreuses petites victoires obtenues, de nombreux maires du 93 préféraient encore être hors la loi et s’exposer au risque d’une campagne de honte publique  qu’accueillir les enfants des squats et des bidonvilles dans les écoles de leur ville.

 Pourquoi ? Parce que accueillir ces enfants dans les écoles, dans la communauté scolaire, comme la loi et les principes de la république les y oblige, c’est reconnaître qu’ils existent, qu’ils ont une dignité, des droits, comme tous les autres. 

Au contraire refuser l’enfant à l’école c’est le rendre invisible, lui et sa famille, c’est les jeter dans le sac à ordure des vies qui ne comptent pas, des morts qu’on ne pleure pas. Et c’est donc se faciliter la tâche lorsque  l’objectif est de faire disparaître le bidonville où il habite. 

Mais revenons à Marina, elle était à nouveau comme le petit berger David impuissant. Après tant d’autres, elle vivait l’humiliation d’être empêchée par un puissant Goliath d’envoyer son fils à l’école.  

Elle était si faible et si fragile, si impuissante, qu’il ne lui serait pas venue à l’idée qu’elle avait le droit de ne pas subir cette humiliation avec son enfant.

 Ce sont les mamans du collectif, fortes de leur courage et de leurs victoires, qui vinrent comme à chaque fois l’entourer, lui expliquer ce qui lui arrivait, et surtout lui dire qu’elle avait, grâce à leur soutien,  le pouvoir de se défendre et de gagner. Si elle décidait d’agir, c’est-à-dire d’aller en justice, dans deux jours son petit David serait sur les bancs de l’école. 

Bien souvent dans le coeur d’un opprimé, la peur conseille, en face de la violence et de l’arbitraire du pouvoir de ne pas agir, craignant que le moindre effort pour renverser la relation d’inégalité, n’aura pour conséquence qu’augmenter le poids qui écrase

Le sentiment qui domine dans le coeur d’une personne en situation de grande privation de pouvoir c’est la peur. Elle ressent le poids de celui, à l’autre bout de la relation, qui la prive de son droit. Celui-là, son premier visage, c’est la dame, ou le monsieur du guichet. Mais la personne opprimée, Marina, sent bien que derrière ce visage, il y des papiers, des bureaux, des responsables : une bureaucratie, qui pèse de tout le poids de ses fondations, de ses étages et de son toit, de toute son architecture. Et sous le toit, le maire ou la mairesse dans son bureau, et son visage qui est le visage de la menace. Et plus une personne est privée de pouvoir, plus le rapport est inégal,  plus le visage de la menace est dangereux et effrayant. Plus il apparaît tout puissant. Être en situation de grande privation de pouvoir, c’est non seulement ne pas pouvoir inscrire son enfant à l’école, mais ça peut-être soi-même ne savoir ni lire ni écrire, ne parler que la seule langue de la maison, ne rien connaître de la structure qui  nous prive de pouvoir (et de droit, de dignité, de santé…) sinon la souffrance et la peur que nous cause sa pression. C’est remettre la décision quant à sa propre défense contre un agression du pouvoir à un autre. En l’occurrence, pour Marina, à son époux, qui partage avec sa femme la même conditon, mais jouit toutefois de la responsablité de décider du mouvement des deux. 

Bien souvent dans le coeur d’un opprimé, la peur conseille, en face de la violence et de l’arbitraire du pouvoir de ne pas agir, craignant que le moindre effort pour renverser la relation d’inégalité, n’aura pour conséquence qu’augmenter le poids qui écrase. Ceci tient à ce que être privé de pouvoir c’est aussi ne pas connaître l’histoire d’injustice ou le rapport de force a été inversé. C’est ne pas connaître l’histoire de David et Goliath qui est si importante et qu’il faut raconter. 

Or c’est un fait bien connu que dans la relation de pouvoir celui qui domine n’en a jamais assez et être faible devant un fort c’est nourrir sa volonté de vous prendre encore. 

Ainsi Marina et son mari dirent aux mamans du collectif : “NON ! C’est trop dangereux. Quelle folie pour nous qui  sommes si petits de tenir tête à des puissants ! Nous n’avons rien  à gagner sinon ’à être écrasés plus encore, humiliés plus encore, souffrir plus encore ! Mieux vaut fuir, prendre ce qu’on a, et aller plus loin trouver ce qu’on trouvera, et notre enfant fera comme nous quand il grandira : ainsi va la vie des notres depuis toujours…”

non seulement l’appartenance à cette communauté avait remplacé la peur par le courage dans leur cœur, la résignation par l’espérance, mais à force de se battre, elles avaient développé un singulier pouvoir de convaincre par la parole.

 C’était sans compter sur le pouvoir de conviction conquis par les mamans du collectif. Avant de former une communauté de lutte, chacune partageait le sentiment de fatalité et de résignation  qu’éprouvaient Marina et son mari. Mais non seulement l’appartenance à cette communauté avait remplacé la peur par le courage dans leur cœur, la résignation par l’espérance, mais à force de se battre, elles avaient développé un singulier pouvoir de convaincre par la parole. 

 

Ainsi elles provoquèrent Marina et son mari en leur disant  que si ils n’avaient pas le courage d’agir pour la dignité de ce qu’ils ont de plus cher au monde, la chair de leur chair, leur enfant : qu’est-ce qu’ils étaient ?  La mère d’un chien mourrait pour défendre  son petit.

 

Ce n’était pas sans provocation. Mais ça toucha leur coeur et leur orgueil, celui de Marina surtout. Pour la première fois de sa vie, elle décida de passer à l’action sans attendre l’avis de son mari. 

 

Le lendemain, elle était au tribunal, en compagnie de Alisa, Mirela, les meneuses du collectif, et de leur avocate Anina Ciuciu. Elle avait surmonté sa peur, trouvé le courage de se dresser avec les autres en face du visage du pouvoir qui l’humiliait. Elle était prête à se battre, à résister,  renverser le rapport de force. 

C’était non seulement la première défaite mais c’était peut-être la fin de la guerre ! Le collectif des mamans avait été frappé par surprise et mis à terre

Mais quelle fut ne pas leur  stupéfaction lorsque, pour la première fois depuis le début de la bataille, contre toute attente, contre toute justice, contre l’esprit et la lettre de la loi,  contre toute espérance, le juge donna raison au méchant Goliath….

 

C’était la catastrophe ! Lorsqu’on est un offensé, le courage qui semaine après semaine a rempli votre coeur, la joie, et la fierté qui comme la boule a force de rouler ont grossi pour être grosses comme le soleil peuvent en un instant être remplacé par le retour de la peur et de la tristesse. C’était non seulement la première défaite mais c’était peut-être la fin de la guerre ! Le collectif des mamans avait été frappé par surprise et mis à terre. Marina dans le coeur de qui les autres mamans avaient allumé la foi leur en voulait : elle l’avait illusionnée. Et les autres commencèrent à douter de leur pouvoir. 

 

Car si le juge avait cette fois donné raison au maire pour quelle raison cette décision n’allait il pas la répeter ? C’était sans doute l’effet des pressions qui du côté des gens de pouvoir arrivait. C’était l’effet obscur de la structure qui contre-attaque. Le collectif des mamans était sonné. 

(La suite dans le prochain épisode….)

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 6/9 : « Lorsque le pouvoir menace »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 6/9 : « Lorsque le pouvoir menace »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 6/9 : « Lorsque le pouvoir menace! »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

Après la joie d’avoir accompli toutes  ensemble un coup d’éclat, une grande action,  où chacune avait su jouer au mieux sa partition, où chacune avait donner le meilleur d’elle-même, surmonter sa peur, pour  toutes les autres ; après avoir reçu nombreux message de soutien, d’encouragement et de félicitations de toute la France, il  fallut aux membres du collectif, au bout de quelques jours, quelques semaines, se rendre compte que sur un point au moins elles avaient échoué : elles n’avaient pas vu sortir du bois le loup.

“La pression commençait à monter. C’est une réaction chimique. C’est nous par notre action qui l’avions fait monter : nous avions commencé d’affecter le rapport de force et de le faire basculer.”

Après la grande action de lancement public racontée dans l’épisode précédent,  le drame du collectif des mamans était entré,grâce à France 5, à médiapart, à Kombini,  dans la maison de monsieur et madame tout le monde : “ Comment ? En France, en  2024, “on” empêche des enfants d’aller à l’école parce qu’ils sont pauvres ?

Mais ce “on” ce n’était pas “le grand méchant loup” de l’ histoire : M. le Recteur. le collectif des mamans n’avait pas réussi à lui donner un nom et un visage. Il était encore caché dans la pénombre de son bois. Il n’avait montré ni son nez, ni sa queue, et avait encore moins accordé le rendez-vous demandé par Mirela, meneuse du collectif, lors de l’action.. Lorsqu’une cible n’est pas visible ça veut dire que votre flèche ne l’a pas touchée, ça veut même dire que vous avez du mal la viser. “On” : c’est personne. On ne peut lancer une flèche sur “personne”. En revanche,  un certain nombre de gens puissants se sont sentis visés. La structure discriminatoire avait été affectée. 

Les maires des villes qui étaient mis en cause dans la plainte et dont certains médias avaient parlé ;  mais aussi les dirigeants de l’administration publique en charge de la lutte contre la pauvreté. Les flèches n’étaient pas tombées dans le désert. Le recteur avait peut-être esquivé mais d’autres responsables avaient été affectés. Ou peut-être :  il avait été touché mais avait envoyé d’autres exposer leurs plaies.

“Et il n’y pas de privilèges sans qu’il y ait en face des dépossédés. Ce dont certains jouissent c’est toujours ce dont certains sont privés. La structure organise cette inégalité.”

C’est alors que Lucile, une des membres de l’équipe meneuse, dans son bureau, a commencé à recevoir des appels des bureaucrates de l’administration publique. Le ton allait de l’amical conseil “ ça n’est pas comme ça qu’il faut faire” à la menace : “nous allons  faire couper les subventions publiques que vous recevez.” La pression commençait à monter. C’est une réaction chimique. C’est le collectif des mamans qui  par ses actions l’avait fait montée : le collectif avait commencé d’affecter le rapport de force et de le faire basculer. 

Lorsque le pouvoir menace c’est inquiétant mais c’est aussi bon signe : ça veut dire que la campagne d’actions est efficace. Ca veut dire que les offensés qui se sont mis en action ont construit déjà du pouvoir. Il faut évaluer la riposte, la considérer et s’adapter. Surtout ne pas céder. 

Lorsqu’on agit pour provoquer un changement structurel, la structure se défend, et si la structure remue c’est qu’elle a été affectée. Plus on l’affect,  plus elle est coriace, plus ceux qui jouissent de privilèges qu’elle leur accorde se sentent menacés. Et il n’y pas de privilège sans qu’il y ait en face des dépossédés. Ce dont certains jouissent c’est toujours ce dont certains sont privés. La structure organise cette inégalité. 

“Le changement n’était pas accompli. Mais les armes étaient encore bien chargées.

 

Bref. La menace était encore trop faible pour que le collectif des mamans change  de route et ses membres  avaient un goût d’inachevé : l’objectif de la grande action de lancement était d’être reçu par le grand méchant loup qui n’avait pas daigné se montrer. 

Par ailleurs le problème demeurait : chaque semaine, des parents se voyaient en mairie dans le 93 refuser l’inscription à l’école de leur enfant. Toujours pour le même motif : ils habitent dans un squat ou un bidonville ou à la rue. Toujours par le même moyen : un papier manque au dossier : le papier impossible à se procurer. Toujours dans la même illégalité. La loi était du côté des mamans. Le changement n’était pas accompli. Mais les armes étaient encore bien chargées.

Les héroïnes, les mamans du collectif, sont donc repartis au combat. Et puisque leurs armes étaient les bonnes, chaque fois elles gagnaient : les employés de mairie et les élus cédaient devant la crainte d’être condamnés par la justice et montrés du doigt dans la presse pour avoir empêché  un enfant pauvre d’accéder à l’école. Et c’était chaque fois des petites qui remplissaient leur coeur de mamans de joie et de fierté, c’est-à-dire de pouvoir. La pression continuait de monter et le teléphone de Lucile dans son bureau continuait de sonner. Dans le bois, les méchants s’agitaient ; les conseils et menaces des bureaucrates de l’administration publique devenaient de plus en plus rapprochés. 

Jusqu’à ce qu’un jour d’hiver, quelques mois après la grande action de rentrée scolaire :  tout fut au bord de s’effondrer. Alors que le collectif des mamans était  au plus haut de sa puissance, que le coeur de chacune etait gonflé d’amour, de joie et de fierté, que chacune sentait la grande victoire approcher, un retournement les  mena au bord de la défaite….

 

(La suite dans le prochain épisode….)

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