L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 3/9 : «L’ordre de la justice véritable »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 3/9 : «L’ordre de la justice véritable »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 3/9 : « L’ordre de la justice véritable »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

Après que la joie avait remplacé la peur dans  le  coeur de ces femmes,  Alisa et Mirela, leur demandèrent si elles étaient prêtes à se battre ensemble pour la vie de leurs enfants . Elles répondirent: “nous en sommes”. Nous avions créé le “collectif des mamans”.

 “La foi est l’élément immatériel qui relie les gens  pour former une organisation politique radicale”

Mirela, Alisa, Lucile et Emmanuelle formaient ce qu’on appelle  » une équipe meneuse » : c’est le petit groupe de gens très structuré qui va être la locomotive du train qui se met en chemin, qui va conduire et entraîner les autres.  Chacune avait son rôle : Mirela et Alisa usaient de leur nouveau pouvoir de rassembler et encourager, par le verbe, les autres femmes à passer à l’action; Emmanuelle et Lucile mettaient à contribution tous les savoirs dont elles avaient déjà la maîtrise (écriture, levée de fonds…), et moi, organizer,  je les aidais à réfléchir, concevoir, mettre en oeuvre, évaluer chaque étape du plan de bataille et du plan de  construction de l’organisation. On passait au moins deux heures ensemble deux fois par mois et chaque fois c’était deux heures de joie. Nous sentions dés le début qu’une grande force soufflait dans notre dos : pour certaines c’était la foi en Dieu, pour d’autres la soif de justice : nous avions raison et nous avions foi dans ce que nous allions accomplir. 

La foi est l’élément immatériel qui relie les gens qui se rassemblent pour former une organisation politique radicale. C’est aussi l’élément qui donne le courage  à chacun et chacune de prendre le risque de passer à l’action. La foi, c’est-à-dire la confiance : en  soi, en “nous”,  en ce que nous allons accomplir. Il revient souvent à un “organizer” d’être comme un premier moteur, celui qui va allumer la foi, donner confiance (en eux-mêmes, les uns dans les autres) aux membres de l’équipe meneuse qui à leur tour donneront confiance à chaque membre de l’organisation. Cette confiance c’est ce que le pasteur Martin Luther King (qui est à l’”organisation politique radicale” ce que Bruce Lee est au Kung Fu)   appelait l’”amour”. C’est cet  “amour” qui indique, d’après lui,  le sens de l’action, et la grande probabilité  de son succès : parce que le changement qu’elle appelle est dans l’ordre de la justice véritable. 

“Si nous avions besoin de la foi en la justice nous n’avions pas le temps d’attendre la fin des temps”

Pour revenir au “Collectif des mamans”, et plus précisément à l’équipe meneuse ;  le chantier qui était devant Alisa, Mirela, Emmanuelle et Lucile c’était d’écrire leur plan de bataille, de concevoir leur stratégie. C’était un peu comme écrire le scénario  de l’aventure dans quoi elles allaient entraîner les membres de l’ organisation. Il fallait imaginer les scènes successives -c’est à dire les tactiques- suivant un mouvement qui devait aller crescendo. Il fallait écrire le film dont  les femmes du collectif seraient les héroïnes. Et surtout il fallait trouver un nom et visage à celui ou celle qui aurait le rôle du méchant : c’est toujours le même drame qui se joue dans l’organisation politique radicale : à chaque David il faut son Goliath. Non pas parce qu’il s’agit d’imiter une fiction mais parce que au fond de toutes les histoires qu’on raconte depuis la nuit des temps, il y a le drame de l’injustice, et le rapport de pouvoir, la lutte, par quoi passe sa résolution. 

La première question  que se sont posées, pour concevoir leur stratégie,  les membres de l’équipe meneuse c’était :  quel changement  voulons nous ? Or le changement dont les mamans du collectif avait besoin était immense, aussi vaste qu’un océan, si immense qu’il  il fallait pour l’accomplir une révolution… ou la venue du messie.  Mais si elles avaient besoin de la foi en la justice, leurs enfants n’avaient  pas le temps d’attendre la fin des temps.  Elles avaient besoin d’accomplir un changement réel maintenant. Cette immanence est une condition nécessaire de l’organisation politique radicale : il faut transformer le réel ici et maintenant pour que le rassemblement des gens crée, par amour, du pouvoir. Et inversement : il faut du pouvoir pour créer dans le réel un changement radical.

“comment sortir du  désespoir quand on  mesure l’écart qu’il y a entre un le monde tel qu’il devrait être et le monde tel qu’il est réellement

Elles avaient déjà mis des visages sur cet océan : le visage de leurs enfants. Le changement dont elles avaient besoin c’était que la vie de leurs enfants ait la même valeur que la vie des enfants des gens puissants.  Mais devant cet océan que faire ? comment sortir du sentiment d’impuissance qui épuise les “faibles” et les décourage quand ils  mesurent l’écart qu’il y a entre l’idéal et la dure  réalité qui les écrase, entre le monde tel qu’il devrait être  (les vies de tous les enfants sont égales) et le monde tel qu’il  est réellement (la vie d’un enfant pauvre ne vaut rien pour les puissants) ? Pour ne pas que Mirela , Alisa, Lucile et Emmanuelle se noient  dans le désespoir que cause l’immensité de l’océan, il fallait  commencer  par isoler une petite mer intérieure :  pour elles, cette mer,  c’était l’école ! Et dans cette  petite mer :  une petite île qu’elles allaient pouvoir conquérir, parce qu’il y a un rivage qu’on voit à l’horizon et qu’on peut l’atteindre par une voie navigable. Cette petite île c’est ce qu’on appelle dans l’”organisation politique radicale” un objectif stratégique.  Et cette petite île dans la petite mer intérieure qu’était l’école, c’était les refus discriminatoire d’inscription scolaire dans le département de la Seine-Saint-Denis. 

Maintenant qu’elles avaient leur petit île en vue, la seconde question que se sont posées Alisa, Mirela, Lucile et Emmanuelle c’était : Quel est notre chemin, notre voie navigable ? Pour où allons nous passer pour atteindre notre but ? Après des heures à regarder dans la longue vue le chemin est apparu : le collectif des mamans  allait rendre aux puissants le coût d’un refus si élevé financièrement et politiquement  qu’il les dissuaderait à l’avenir  de manquer de respect à la vie de leurs enfants. 

“Il va s’agir  de forger les armes, le glaive, par quoi les mamans allaient commencer de faire payer aux puissants le prix de la dignité de leurs enfants”

Ce chemin c’est ce qu’on appelle  une théorie du changement. C’est le grand mouvement du drame qui va être vécu et joué au cours de la campagne d’actions. 

Maintenant il restait à imaginer les scènes qui allaient rendre ce mouvement concret, les tactiques par quoi la stratégie allait se réaliser. Grâce à l’action d’un autre collectif créé, développé et organisé par Conatus, (le collectif #EcolePourTous)  les refus discriminatoire d’inscription scolaire étaient devenus illégaux depuis quelques mois. 

Nous avions donc, pour cette aventure, de notre côté la loi.  L’équipe meneuse décida qu’Alisa et Mirela allaient devoir convaincre les autres femmes du collectif à s’engager dans une campagne de “testing”. Il s’agirait d’aller chercher, au guichet des mairies qui pratiquent à l’inscription scolaire de la discrimination dissimulée, les preuves qui allaient permettre de les faire condamner. Il s’agirait de forger les armes, le glaive, par quoi les mamans allaient commencer de faire payer aux puissants le prix de la dignité de leurs enfants. Non seulement elles exigeraient de la justice qu’elle condamne les maires à payer en argent, mais elles exposeraient  leurs méfaits le plus largement possible pour leur faire honte. Qui peut assumer publiquement d’empêcher avec méthode et intention un enfant pauvre et racisé d’accéder à l’école ? La mise au pilori serait désormais le prix à payer pour qui ne reconnaît pas dans les actes la valeur égale de la vie de tous les enfants. 

“Notre Goliath n’avait pas de visage ni de nom…C’était ni Godzilla, ni le Joker, personne n’avait encore entendu parler de lui, il allait donc falloir en faire un personnage”

Puisque parmi les  tactiques il y avait des actions juridiques et des actions publiques, l’équipe meneuse avait besoin d’embarquer dans l’aventure des journalistes et des avocats. Il se trouve qu’une des porte paroles du collectif #EcolePourTous qui avait rendu illégaux les refus d’inscription scolaire était depuis devenue avocate. C’était Maître Anina Ciuciu. Et elle avait elle-même, enfant, été  victime de cette discrimination. Alisa et Mirela ne pouvaient pas trouver meilleure alliée. C’était l’une d’entre elles. Elle tenait à la dignité de ces enfants comme à la sienne. A son tour Anina embarqua avec elle une de ses consoeurs, Maître Anna Stoeffeneller, en qui elle avait une grande confiance, ainsi que Maître Lionel Crusoé, qui avait fait condamner il y avait peu un maire  dans une situation similaire dans l’Essonne

C’est à Lucile  que revint le défi de rapporter la journaliste alliée qui allait raconter au grand public l’histoire et surtout faire la lumière sur les méfaits infâmes des méchants. Elles rêvaient d’une grande bataille, il fallait donc que l’audience soit forte : il fallait un grand journal, leur alliée fut une journaliste de mediapart, Faiza Zerouala. Lucile lui a révélé des éléments du  plan. Ses valeurs étaient conformes aux leurs : les vies de tous les enfants sont égales.  Leur victoire serait la sienne. Elle était dans le bateau. 

Tout était prêt pour l’action ? Tout ? non ! Il manquait le méchant de l’histoire.  Notre Goliath n’avait pas de visage ni de nom. Il y avait des candidats pour le rôle : la plupart des maires du 93 . Mais si il y a  trop de personnages dans une histoire, on ne comprend plus le drame. De méchant, dans une campagne stratégique, il n’en faut qu’un. C’est une cible. Il faut qu’elle soit unique et fixée. Si elle est multiple et mouvante, vous avez de grandes chances de la rater. C’est les besoins de la procédure en justice qui a aidé à décider : le cible ne serait ni tous les maires, ni le ministre, elle serait au milieu, à la bonne hauteur : ce serait le recteur d’académie. Voilà, le méchant ça serait lui. Le problème  c’est que c’était ni Godzilla, ni le Joker, personne n’avait encore entendu parler de lui, il allait donc falloir en faire un personnage. Mirela, Alisa, Emmanuelle et Lucie ont  imprimé une photo de lui,  investigué sa carrière, deviné ses valeurs : elles ont campé son personnage. 

Ca y est le casting  était complet  : le collectif des mamans allait pouvoir s’entraîner au combat et passer à l’assaut… 

(La suite dans le prochain épisode)

 

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 2/9 : «une communauté d’amour pour nos enfants. »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 2/9 : «une communauté d’amour pour nos enfants. »

Récit de bataille

Le champ de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 2/9 : « Une communauté d’amour pour nos enfants. »

Par Pierre Chopinaud

 

 

(Précédemment…)

Lorsque l’équipe d’Askola nous a parlé de la situation d’injustice qui accablait les parents et les enfants qu’ils accompagnaient sur le chemin de l’école, nous avons  dit : laissez tomber la morale, laissez tomber les règles de l’administration : on va essayer de forger ensemble “le glaive”, c’est à dire la force et le pouvoir dont nous avons besoin pour rendre leur dignité à ces enfants…

 

“Alisa et Mirela seraient les deux forces tournantes qui par leur mouvement allaient entraîner d’autres femmes  dans l’action”

Nous avons vu tout de suite qu’une des forces d’Askola c’était les gens qui faisaient partie de l’équipe. Pami les salariés, il y avait Mirela et Alisa, deux jeunes femmes, elles-mêmes mamans, qui avaient eu, par le passé,  le malheur d’habiter longtemps dans des bidonvilles ou à la rue, avec leurs enfants, et qui avaient trouvé en elles et autour d’elles, le pouvoir de s’en émanciper. Ainsi elles avaient par le passé vécu elles-mêmes l’injustice que rencontraient les mamans et les enfants qu’en tant que médiatrices scolaires maintenant elles accompagnaient. 

Si elles le voulaient bien, Alisa et Mirela seraient les deux piliers sur quoi nous allions fonder notre nouvelle organisation, ou plus exactement : les deux forces tournantes qui par leur mouvement allaient entraîner d’autres femmes qui leur ressemblent, mais que l’impuissance intimide et  paralyse, dans l’action. Nous allions devoir entraîner Mirela et Alisa au leadership. 

 « Dans l’état de subalternité, l’impuissance est telle qu’elle prive du temps requis pour s’efforcer de reconquérir sa dignité. »

C’était donc une chance d’avoir Mirela et Alisa dans l’équipe de départ. Car leur présence nous permettait de surmonter d’emblée un premier obstacle majeur que l’on rencontre dans ce type de situation. Dans l’état de subalternité qui est celui où  sont rendus les gens qui habitent dans des bidonvilles en France, l’impuissance est telle qu’elle prive du temps requis pour s’efforcer de reconquérir sa dignité. Tout le temps disponible est absorbé intégralement par l’impératif de la survie matérielle et biologique. l’état d’affranchies à quoi Alisa et Mirela avaient accédé grâce à leur situation salariée leur donnait le temps, donc le pouvoir, d’agir pour encourager d’autres femmes à passer à l’action. Il était en outre fondamental que l’appel à agir leur arrive de personnes qui partageaient ou avaient partagé leur condition.

Il a fallu en outre, pour que nous commencions à bâtir tous ensemble une organisation, que les employeurs de Mirela et Alisa, qui n’étaient autre que la deuxième partie de l’équipe, Emmanuelle et Lucile, décident qu’une partie du temps des employées  jusqu’ici consacré au service de médiation scolaire serait désormais dédié à l’action politique. Parmi ces quatres femmes il y avait une grande confiance, et un grand pouvoir de jouer avec leurs relations, leurs identités, et leurs histoires. Ce sont cette confiance, ce pouvoir, ce jeu qui ont permis de déclencher une telle force à partir de ce petit groupe de départ. 

 

« C’est là tout le sens de la “non mixité radicale” qui est une tactique délimitée dans le temps et l’espace d’organisation »

La première chose que nous avons faite ensemble : c’est organiser des groupes de discussion. Comme Mirela et Alisa avaient accepté d’être les piliers autour de quoi allait se rassembler un plus grand nombre, leur première tâche fut d’inviter d’autres femmes dont elles inscrivent habituellement les enfants à l’école  : “ j’aimerais qu’on se voit mais cette fois  pas en tant que médiatrice scolaire mais en tant que maman soucieuse de la vie de mes enfants. Je t’invite à prendre un café avec d’autres femmes pour échanger sur nos expériences de maman”

Pourquoi seulement des femmes ? Pourquoi pas des hommes ? D’abord parce que Mirela et Alisa sont des femmes. Ensuite parce que le but de cette tactique -le groupe de discussion- est de relier les gens qui y participent par le coeur et la raison afin qu’ils ou elles  forment, par la parole, une communauté d’expérience, de valeurs et d’émotion. Or après réflexion nous avons fait l’hypothèse que la présence d’un ou plusieurs hommes -comme la présence de toute personne qui ne partageait pas la même condition-    pouvait être un obstacle à cette opération de relation des cœurs. C’est là tout le sens de la “non mixité radicale” qui est une tactique délimitée dans le temps et l’espace d’organisation 

Un des outils de travail Askola : c’est le camion-école ; un petit camion dans la benne est transformée en salle de classe. Elles en ont deux. Ce jour-là pour organiser les groupes de discussions, Mirela Alisa Lucile et Emmanuelle ont transformé les camions écoles en petits salons. En raison de la non-mixité radicale de l’opération décidée collectivement, Lucile et Emmanuelle, qui sont habituellement les supérieures hiérarchiques des deux autres, ont considéré que leur rôle serait ce jour là d’être au service des autres : elle ont décoré le salon, tenu la porte, gardé les enfant, servi les cafés, et cueilli des fleurs. 

 «  Au coeur des histoires de ces mamans étaient leurs enfants et le droit qu’ils ont de ne pas souffrir les souffrances qui avaient été les leurs« 

Mirela et Alisa ont chacune accueilli quatre jeunes femmes un après-midi dans un camion-salon. Elles ont d’abord raconté chacune leur histoire, suivant un canevas que nous avions ensemble préparé : quelle fut l’expérience qu’elles eurent petite fille dans leur pays de naissance dans la mesure où même là-bas -en Roumanie-  elles appartiennent à une minorité -rom- , quelle raison, quel drame, quelle espérance les ont amenées à émigrer ; ce qu’elles ont souffert en arrivant en France, l’expérience de l’exil, de l’inconnu, de la pauvreté, et enfin le motif de leur effort pour user du moyen de l’école afin d’offrir à leurs enfants une vie meilleure que la leur, et surtout les difficultés qu’elles ont rencontrées. Au coeur des histoires de vie de ces mamans étaient leurs jeunes enfants et,  le droit qu’ils ont de ne pas souffrir les souffrances qui avaient été les leurs, mais surtout la colère qu’elles ont en face de tous ceux qui veulent les priver de ce simple bonheur. 

En plus de tenir la porte, servir le café et les gâteaux ce jour-là, Emmanuelle et Lucile avaient les jours d’avant fait répéter à Alisa et Mirela, comme  à des actrices, leurs histoires qu’ensemble nous avions couchées sur le papier. Le but de la tactique était de toucher par l’émotion le coeur des femmes afin de les  encourager  à passer ensemble à l’action. Après que dans les 2 petits camion-salons elles eurent chacune à toutes ouvert leur coeur, elles étaient toutes ensemble reliées par l’émotion et formaient une communauté de valeur et d’expérience, une communauté de souffrance et d’humiliation, mais surtout une communauté  d’amour pour leurs enfants. 

« ces dix femmes étaient prêtes  ensemble à passer à l’action parce qu’il en allait de la valeur qu’elles accordent à ce qui est le plus précieux au monde :  la dignité de leurs enfants « 

 

Mirela et Alisa avaient maîtrisée la tactique, exercer un leadership, entraîner par leur mouvement, leur pouvoir de parler, les autres autour d’elles et avec elles :  ces dix femmes étaient prêtent ensemble à passer à l’action parce qu’il en allait de la valeur qu’elles accordent à ce qui est le plus précieux au monde ; la dignité de leurs enfants. 

Alors après que, par le pouvoir de la  parole, le courage, la solidarité, la joie, avaient remplacé la peur, l’isolement, et la tristesse dans  le  coeur de chacune d’entre elles; Alisa et Mirela leur demandèrent si elles étaient prêtes à se battre ensemble contre les refus discriminatoire d’inscription scolaire dont étaient coupables les maires du département. elles dirent : “nous en sommes” et elles choisirent leur nom. Nous avions créé le “collectif des mamans -l’école pour nos enfants”. Et comme c’était la journée mondiale du droits des femmes, pour finir la journée,, Emmanuelle et Lucile vinrent offrir à chacune des  bouquets de rose. 

Maintenant il nous restait à passer à l’action et pour cela concevoir notre plan de bataille….

(La suite dans le prochain épisode….)

 

L’histoire du « collectif des mamans »-                                  Épisode 1/9 : « les vies qu’on ne pleure pas. »

L’histoire du « collectif des mamans »- Épisode 1/9 : « les vies qu’on ne pleure pas. »

Récit de bataille

Le champs de bataille c’est le coeur des gens

Épisode 1/9 : « les vies qu’on ne pleure pas. »

Par Pierre Chopinaud

 

 

L’association Askola aide les parents qui vivent en bidonvilles et en squats dans le 93  à inscrire leurs enfants l’école. Elle faisait face à des  blocages insurmontables de la part des maires des communes. Les lois, la morale, le recteur, les associations, rien n’y  faisait. Car ce n’était pas q’un’une question d’accès droit mais la conséquence d’une situation d’oppresion, c’est-à-dire d’ une relation de pouvoir.  

En france, en 2025, il y a des bidonvilles, et il y a des gens qui ont le malheur d’habiter dedans. Un préjugé largement partagé, parmi les militants et les travailleurs sociaux, veut que les gens qui habitent dedans soient résignés, apathiques, incapables de défendre leur dignité.

L’organisation Askola pratique la médiation scolaire en Seine-Saint-Denis. Mirela, Lucile, Emmanuelle, Alisa et les autres vont dans les bidonvilles pour aider les parents à inscrire leurs enfants à l’école et les aider à s’y sentir bien.

Quel papa, quelle maman n’a pas eu le coeur déchiré devant la souffrance de son enfant qu’il vient d’abandonner pour la première fois, lors de la rentrée des classes, au milieu de vingt-cinq petits inconnus et des adultes dont il ne sait rien ? Alors imaginez que le matin vous l’avez réveillé dans une cabane de bois, sans eau, après avoir passé la nuit à le protéger des rats, que vous ne possédez pas la langue et rien des usages communs et que le soir c’est la police que vous retrouvez avec lui à la maison qui vous ordonne de partir au loin ?

 

« Le chemin de l’école, pour les parents et les enfants qui habitent dans un bidonville, est ardu et périlleux. »

 

 

Le chemin de l’école, pour les parents et les enfants qui habitent dans un bidonville, est ardu et périlleux. C’est pour ça que Mirela, Lucile, Emmanuelle, Alisa et les autres sont là : ce sont un peu les sherpas qui aident ces parents et leurs enfants à gravir la montagne qu’est leur chemin de l’école.

Mais s’il n’y avait que la montagne à grimper ? Le monde serait encore trop beau ! C’est sans compter sur les gens de pouvoir qui depuis le sommet font tomber sur vous des rochers pour vous rendre l’effort encore plus difficile. Et parmi ces gens, là haut sur la montagne, il y a le maire de la ville.

Nombreux maires de Seine-Saint-Denis empêchent les enfants des squats et des bidonvilles d’accéder aux écoles de leur ville. Pourquoi ? Parce qu’ils veulent que ces bidonvilles disparaissent ; et accueillir ces enfants dans les écoles, dans la communauté scolaire, comme la loi et les principes de la république les y obligent, c’est reconnaître qu’ils existent, qu’ils ont une dignité, des droits, comme tous les autres.
Dés lors que vous connaissez les enfants qui habitent dedans, c’est plus difficile de détruire leur maison. Vous savez que vous ne détruisez pas que du bois et du carton mais aussi les vies qu’il y a dedans. Malgré tout le cynisme possible ça peut faire mal au coeur et à la conscience. Surtout quand vous êtes socialiste, communiste, insoumis, catholique, musulman, “antiraciste” …Ca peu faire honte.

 

« Refuser l’enfant à l’école c’est le rendre invisible, lui et sa famille, c’est les jeter dans le sac à ordure des vies qui ne comptent pas, des morts qu’on ne pleure pas. »

Refuser l’enfant à l’école c’est le rendre invisible, lui et sa famille, c’est les jeter dans le sac à ordure des vies qui ne comptent pas, des morts qu’on ne pleure pas. C’est se mettre, en tant qu’élu au service du constructeur qui veut gagner de l’argent en construisant en grand bâtiment à la place des petites cabanes des gens, un entrepôt amazone, une usine de ciment, c’est se mettre surtout de la façon la plus cynique au service du racisme intense de ceux qui ont un peu plus que rien, dont les parents où les grands parents arrivés de Bretagne, d’Algérie, du Portugal, du Mali, ont vécu dans leur temps dans ces mêmes bidonvilles, afin de flatter leurs sentiments les plus bas, et gagner les élections.

Et croyez moi, il n’y pas de petit profit en politique : quelle que soit la couleur de la peau ou du maillot, quand le but c’est de garder son poste de pouvoir : tous les moyens sont bons : même le racisme.

Et quand c’est le pouvoir qui est en jeu, les principes, les valeurs, les lois, restent, en règle générale sur la touche.

« le sentiment d’impuissance et l’indignation avait avalé jusqu’à leur rage et leur colère »

 

Mirela, Emmanuelle, Lucile, Alisa et les autres étaient au bout du rouleau : le sentiment d’impuissance et l’indignation avait avalé jusqu’à leur rage et la colère : comment peut-on vivre dans un monde aussi immoral ? Rien n’y faisait : les courriers, les interpellations, les recours devant l’administration… N’est-on pas pourtant dans le pays des droits de l’homme ? Comment un maire qui a la réputation d’être un militant antiraciste peut il ainsi mépriser la vie de ces enfants ? Ce monde est sans foi ni loi…

Un des préceptes fondamentaux de l’organisation politique radicale est vieux comme la nuit des temps. Il dit : il n’y pas de justice sans pouvoir. Jésus Christ n’aurait fait trembler aucun César s’il n’était pas venu avec le “glaive” de Dieu.

Lorsque l’équipe d’Askola nous a parlé de la situation d’injustice qui accablait les parents et les enfants qu’ils accompagnaient sur le chemin de l’école, nous avons  dit : laissez tomber la morale, laissez tomber les règles de l’administration : on va essayer de forger ensemble “le glaive”, c’est à dire la force et le pouvoir dont nous avons besoin pour rendre leur dignité à ces enfants…

(La suite dans le prochain épisode….)

 

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