La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 2/9  « Le monde tel qu’il est réellement « 

Main image: Bergen-Belsen at liberation: members of at least one German Sinti family recognized themselves in this photo. Courtesy of the German Federal Archives.

Récit de bataille

La révolte du « camp des familles tizganes »

Épisode 2/9 : « le monde tel qu’il est réellement »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

(Précédemment…)

« Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » ! Plus jamais des enfants, des hommes, et des femmes ne doivent être placés dans l’état de détresse où d’indignité où ils ont été placés par les haines racistes et nationalistes dans la seconde guerre mondiale. Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes, et ceux qui restaient achevaient de mourir sous la responsabilité de l’organisation des nations unies chargées de les protéger, dans un état affaiblissement collectif organisé qui n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale » 

 

 

 « Aujourd’hui les minorités romanis d’Ukraine sont exposés à être effacés du présent et du passé de la nation  à laquelle ils appartiennent »

« Plus jamais ça » ? Disait depuis l’enfance, la morale de l’histoire de l’Europe. Or ici et maintenant, devant moi, c’était encore ça dans la réalité. C’était encore ça en particulier pour des enfants, des femmes et hommes dont il y avait 60 ans, les ancêtres avait été victimes du génocide perpérté par la haine raciale de l’Etat allemand Nazi et de ses Etats alliés et collaborateurs. 

Je tiens à préciser, que 20 ans après, aujourd’hui c’est encore ça, pour les minorités romanis d’Ukraine, tant dans les régions envahis de l’Est par l’armée de la Russie agresseur, que dans les territoires du centre et de l’Ouest encore protégés, qui sont exposés à être effacés du présent et du passé de la nation  à laquelle ils appartiennent. 

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« Est-ce-à-dire que l’Europe souffrait encore du même mal ? Est-ce que la morale de l’histoire de l’Europe contemporaine était une mauvaise fable ? « 

 

En tant qu’outsider, la situation dont j’étais le témoin mettait en question ma propre histoire, ma propre identité, de français, d’européen, les principes et les valeurs dans lesquels j’avais été élevé. Comment est ce possible que ici en Europe,  des hommes, des femmes, des enfants dont les ancêtres ont été victimes, au même titre que les hommes, les femmes, et les enfants juifs d’Europe, du crime immense au nom de la mémoire duquel l’Europe moderne s’est refondée, puissent se retrouver ainsi chassée de leur terre, assassinée, abandonnée, victimes des Etats auxquels ils appartiennent, sous la responsabilités des Nations Unies, et dans l’indifférence de la  consciences des peuples ?

Comment était ce possible que des hommes, des enfants et des femmes dont les corps des  parents, des grands-parents avaient,  il y avait 60 ans été réduits à des vies qui ne valent rien,  les puissances nationalistes gouvernementales, les extrêmes droites, les fascismes, avec un large consentement des élites et des peuples, puissent 60 ans après  être rejetées en dehors de la condition d’humaine et de la dignité qui, comme un droit naturel, lui appartient ?

 

 Est-ce-à-dire que l’Europe souffrait encore du même mal ? Est-ce que la morale de l’histoire de l’Europe contemporaine était une mauvaise fable ? 

Comment regarder cette question maintenant, encore vingt après, quand les extrême-droites, les fascismes, reviennent au pouvoir, les uns après les autres, dans les pays d’Europe. 

 

 

« Faire coïncider le monde tel qu’il devrait être avec le monde tel qu’il est réellement, comme l’a dit le maître de l’organisation politique radicale, Martin Luther King lorsqu’il décrivait sa vision »

 

Pour moi la morale des petites histoires que j’avais entendues là-bas, il y a 20 ans, lorsque j’avais 18 ans, c’est que ma vie devant prendre une certaine direction. Je ne savais pas précisément laquelle encore. Mais ce qui était maintenant certain, c’est que l’histoire dans laquelle j’avais grandi, l’histoire dont j’avais appris que j’étais comme un personnage, l’histoire dans laquelle s’est formée ma conscience, l’histoire dont la morale dit qui si la dignité humaine s’éteint dans une personne,  elle s’éteint pour toute l’humanité, parce que toute les vies méritent à égalité la dignité, l’histoire dont les principes et les valeurs disent que touts les vies humaines s’égalent en dignité et ont le droit à la sécurité et au bonheur d’autant plus si elles sont exposées à la haine politique, cette histoire allait perdre tout sens si je ne passais pas à l’action. En faisant quoi ? je ne savais pas encore. Sinon m’efforcer, avec d’autres, par les pouvoirs que j’avais, et qu’il me faudrait encore découvrir (que peut-on à 18 ans ?)      certainement que la réalité ressemble à l’idéal que nous rêvons. Faire coïncider le monde tel qu’il devrait être avec le monde tel qu’il est réellement, comme l’a dit le maître de l’organisation politique radicale, Martin Luther King lorsqu’il décrivait sa vision : j’ai eu un rêve.

 (La suite dans le prochain épisode….)

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