La révolte du « camp des familles tziganes » : épisode 1/9  » une histoire de pouvoir pour le présent »

Image principale : Bergen-Belsen à la libération : des membres d’au moins une famille sinti allemande se sont reconnus sur cette photo. Avec l’aimable autorisation des Archives fédérales allemandes.

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Récit de bataille

« La révolte du camp des familles tizganes »

Épisode 1/9 : « Une histoire de pouvoir pour le présent »

Par Pierre Chopinaud

Les épisodes de la série  sont tirés d’une conférence prononcée  par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour  l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).

 

 

 

 « Le choix de se révolter ou de se soumettre c’est de ça dont je vais vous parler, en vous parlant de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944 »

Je m’appelle Pierre Chopinaud. Je suis un écrivain. J’écris des romans en langue française qui racontent les drames intimes qui agitent le cœur des hommes et des femmes mais aussi les grands drames historiques que traversent depuis ses débuts l’humanité. Les histoires que j’imagine sont traversées par la guerre en ex-yougoslavie, la seconde guerre mondiale, mais aussi les guerres des perses contre les grecs pendant l’antiquité. Surtout dans les romans que j’écris je raconte comment ces grands drames de l’histoire humaine entrent dans le cœur des hommes et des femmes et agissent sur leur destinées, les décisions qu’ils prennent, le choix de se révolter ou de soumettre, d’être indifférent ou de s’engager, pour soi, ou pour les autres. 

Au fond c’est de ça aujourd’hui chers amis dont je vais vous parler, en vous disant quelques mots de la révoltes des prisonniers du camp des familles Tziganes d’Auscwhitz-Birkenau, le 16 mai 1944, et du mouvement romani resistance que j’ai co-fondé entre 2010 et 2015, en France, à Paris ou plus exactement, dans la banlieue nord de Paris, à Saint-Denis, qui est aussi le lieu où il est fait mention pour la première fois de la présence en 1427 de personnes romanis en France.

« L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité »

 

Je vous parle aujourd’hui en tant qu’organisateur politique radical car c’est à ce titre que j’ai co-fondé le mouvement du 16 mai.  L’organisation politique radicale c’est un art qui consiste pour des personnes en situation de subalternité, à construire du pouvoir pour rétablir la justice et réconquérir leur dignité. La maxime fondamentale de cet art politique c’est « il n’y pas de justice sans pouvoir ». Ce à quoi j’ai personnellement ajouté en tant que slogan de l’organisation Conatus que j’ai fondé pour exercé collectivement cet art : « les derniers sont les premiers ». C’est un slogan que j’emprunte à la bible, au nouveau testament, à Jésus Christ si vous voulez, mais je le tiens plus précisément du Pasteur Martin Luther King, organisateur politique radical, qui a été un des leaders du mouvement des africain américain pour les droits civiques. Si l’organisation politique radicale est comme un art martial, Martin Luther King, et sa révolution non violente, est notre Bruce Lee. 

Je vous parle de ça car le mouvement romani résistance, le mouvement du 16 mai, l’histoire de la révolte du « camps des familles tziganes  d’Auschwitz-Birkenau », le 16 mai 1944, est une histoire de pouvoir. Plus exactement cela raconte comme utiliser l’histoire et les histoires comme une technique de leadership pour construire du pouvoir, et œuvrer à la justice, non seulement, la justice mémorielle, mais la justice pour maintenant. 

 

« Les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement »

 

A l’âge de 17 ans, où j’ai commencé à être un peu aventurier. C’était précisément ma dernière année de lycée, et c’était aussi l’année de la guerre du Kosovo où les gouvernements européens et américains bombardaient la Serbie et le Kosovo pour mettre fin à cette guerre. J’étais perplexe devant les excès de la propagande d’Etat dans mon pays qui justifiait cette campagne de bombardement. Comme je voulais devenir écrivain et faire de la politique,  j’ai décidé que ma place était au milieu des gens là-bas à essayer de me rendre utile au milieu de la catastrophe, et que j’apprendrai plus là-bas qu’en allant écouter des gens savants parler à l’université. 

 

Là-bas fut ma première profonde et longue rencontre avec des homme, des femmes romanis. J’avais dix-huit ans. J’étais dans la commune de Suto Orizari, que la plupart d’entre vous j’imagine connaissent. Lieux extraordinaire dans la banlieue de Skopje, capitale de la Macédoine du Nord, seule commune au monde à l’intégralité du conseil municipal, dont le maire, appartient à la nation  romani, où les enfants et les adolescents dans les écoles et les collèges apprendre en romani la la langue romani littéraire écrite par ailleurs par des artistes qui habitent, pour certains, dans leur rue, dans leur quartier, la langue que chacun parle, dans ses différentes variantes locales, au magasin, à l’hôpital, sur le marché. Langue par ailleurs que là bas j’ai apprise et que je parle maintenant plus de vingt ans après quotidiennement avec ma fille. J’étais accueilli  là-bas dans une petite organisation sociale dont la majorité des employés étaient romani et qui s’occupait d’identifier, enregistrer, accompagner dans l’accès à leurs droits, les hommes et les femmes et les enfants qui arrivaient dans la commune depuis le kosovo voisin où venait de s’achever la guerre sur terre et la campagne de bombardement. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » !

J’ai alors  écouté les récits que les gens faisaient de la guerre aussi absurde que violente qui les avaient chassés de la terre à laquelle ils appartenaient, depuis des siècles, au milieu de l’Europe. J’ai senti, confusément d’abord, c’est-à-dire, dans mon cœur, que les principes et les valeurs portées par les histoires que depuis l’enfance partout, j’entendais, à l’école, dans les livres, les principes et les valeurs qui fondent l’Europe, en tant que civilisation, n’étaient ici d’aucune réalité : la dignité de chaque être qui doit être protégée par le droit qui lui appartient, parce qu’il est un homme, ou une femme, ou un enfant : la dignité que se doit de garantir en chacun institutions, les Etats, les Organisations Internationales, la Commission Européenne. 

« Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes »

Toutes les histoires, toutes les grandes déclarations étaient ici lettre morte en face des petites récits des gens qui nous racontaient la détresse au milieu de laquelle ils étaient et plus encore la détresse de ceux qui n’avaient pu partir, et qui étaient restés, au milieu de la haine nationalistes des uns et des autres. Et surtout au milieu des armes, du feu qui ne s’était pas tout à fait éteint dans la ville de Mitrovica, dans le nord du Kosovo, où des hommes, des femmes, des enfants, romani étaient protégées par l’ONU, dans un camp, construit sur une terre empoisonnée par le plomb, qui, alors même qu’ils avaient survécu à l’incendie de leur quartier, à la folie meurtrière des nationalistes d’un camp et de l’autre, le tuaient, lentement, par en-dessous, si je puis dire, sous la responsabilité de l’organisation intergouvernemental fondée après la seconde guerre mondiale pour protéger les enfants, les hommes, et les femmes, lorsqu’ils sont mis en danger par l’Etat dont ils sont les citoyens. Le contingent de l’Onu responsable de cette catastrophe était français, je sentais dans mon cœur que par ce désastre j’étais particulièrement concerné. 

Les histoires que j’entendais et que vous entendez certainement depuis l’enfance, les histoires et les grandes déclarations qui fondent la civilisation européenne contemporaine peuvent se résumer à un slogan, en une morale « plus jamais ça » ! Plus jamais des enfants, des hommes, et des femmes ne doivent être placés dans l’état de détresse où d’indignité où ils ont été placés par les haines racistes et nationalistes dans la seconde guerre mondiale. Or ici, quelque part en Europe, les enfants, les femmes, et les hommes d’une minorité nationale avaient presqu’intégralement été chassés de la terre, du pays auxquels ils appartenaient, par les haines racistes et nationalistes, et ceux qui restaient achevaient de mourir sous la responsabilité de l’organisation des nations unies chargées de les protéger, dans un état affaiblissement collectif organisé qui n’avait pas d’équivalent en Europe depuis la Seconde Guerre Mondiale. 

 (La suite dans le prochain épisode….)

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