Récit de bataille
La révolte du « camp des familles tizganes »
Épisode 6/9 : « L’acte héroïque »
Par Pierre Chopinaud
Les épisodes de la série sont tirés d’une conférence prononcée par Pierre Chopinaud le 16 mai 2025 à Berlin pour l’Institut Rom Européen pour l’art et la culture (Eriac).
(précédemment…)
« Nous avions commencé à utiliser l’histoire, nos histoires, pour créer le pouvoir dont nous avions besoin pour obtenir le changement que nous cherchons et donner le courage aux notres de passer à l’action.
Puis les mois et les années d’après nous avons propagé cette histoire, comme la bonne parole ou la bonne nouvelle, auprès de nos amis en France et dans les autres pays »
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Le témoignage d’un témoin direct qui avait assisté à l’âge dix ans alors qu’il était prisonnier du camp
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C’est posé alors la question d’établir les faits historique de la révolte du 16 mai 1944, personne ne l’avais jamais fait alors nous avons commencé à chercher, à enquêter, nous avons même écrit un premier livre, Avava Ovava, avec notre petite bande, qui comptait outre Moi et Saimir Mile, l’activiste Anina Ciuciu et les très jeunes historiens Lise Foinseau et Valetin Merlin.
Dans ce livre, dans un texte appelé la nuit de walpurgis, je raconte l’histoire de ce qu’il s’est passé le 16 mai 1944, au moyens des faits que nous avions jusqu’alors rassemblée, et je formule une hypothèse importante que j’invite désormais les historiens et chercheurs à continuer d’examiner.
Outre le récit que Saimir Mile avait entendu quelques années auparavant de la bouche de Hugo Hollenreiner qui est le témoignage d’un témoin direct qui avait assisté à l’âge dix ans alors qu’il était prisonnier du camp, de la révolte dont il disait que son père, soldat sinto allemand avait été un des meneurs, nous avons retrouvé alors en 2010 retrouvé une trace de cette histoire dans le récit écrit de Otto Rosenberg : a « gypsy in Auscwhitz », paru à Londres en 1999.
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en 1940 il avait 13 ans il fut envoyé au travail forcé, c’est-à-dire en tant qu’esclave, dans une usine d’armement
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Dans ce livre Otto Rosenberg, raconte son histoire :, né en 1927, il fut à 9 ans, en 1936, interné, en tant que sinto allemand, avec sa famille, dans le premier camp de concentration pour les roms et les sintés ouvert par le gouvernement du IIIeme Reich. Le camp de Berlin-Marzhan. Puis en 1940 il avait 13 ans il fut envoyé au travail forcé, c’est-à-dire en tant qu’esclave, dans une usine d’armement. Après deux ans, il est surpris à commettre des actes de sabotage dans l’usine. Il a quinze ans. Il est mis en prison.
Son histoire ressemble de près à celle de Raymond Gurême que je vous raconterai après vous avoir fait le récit de ce que nous savons de la révolte du 16 mai.
Otto Rosenberg passe 4 mois en prison. le 14 mai 1943, il est déporté dans le camp des familles tziganes d’Auschwitz II-Birkenau, c’est-à-dire la section BIIe. Il a alors 15 ans.
La section BII e de Birkenau a ouvert en février 1943, soit trois mois avant qu’y arrive Otto et deux mois après la publication par Himmler du décret dit « Auscwhitz-Erlass » qui décide la mise en œuvre du génocide des roms et des sintés.
A la différence des autres sections du camp où les hommes et les femmes, étaient séparées, dans la section BIIe, « le camp des familles tziganes », les familles étaient rassemblées. Jusqu’à 6000 personnes y étaient en même temps rassemblées dans 32 étables pour chevaux alignées en deux rang de 16 qui se faisaient face de part et d’autre d’une allée centrale.
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Pourquoi dans ces deux camps, les hommes, les femmes, et les enfants étaient en famille prisonniers ? Cela reste un mystère
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A vrai dire un autre « camp des familles » existait. Un peu en-dessous, la section BIIb : le « camp des familles juives de Theresienstadt ».
Pourquoi dans ces deux camps, les hommes, les femmes, et les enfants étaient en famille prisonniers ? Cela reste un mystère.
Pour ce qui est du « camp des familles des tziganes » une hypothèse peut être avancée : dans la section BIIe était la laboratoire hôpital où a commis ses crimes immondes le nazi criminel Joseph Mengele. Au sein même du « camp des familles » poursuivaient sur les prisonniers leur observation pseudo-scientifique pour l’étude de la race. Peut-être c’est à cette fin qu’ils avaient besoin que les famille soient rassemblées.
Mais revenons à Otto Rosenberg qui avait 15 ans en mai 1944. Dans son livre il raconte qu’en dépit de son jeune âge il a été un des acteurs de la révolte du 16 mai. Il le dit en ces termes, je le cite :
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Nous étions tous armés, pelle, bêche, marteau, pioche, houe, fourche, de nos outils de travail et de tout ce que les gens trouvaient. Les gens se disaient : très bien, s’ils veulent nous rassembler ici, alors nous scellerons nos vies le plus cher possible.
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« Je devais me positionner d’un côté de la rue du camp en face du sauna, et mon cousin Oscar de l’autre côté.
Les seniors du bloc nous ont dit :
« Quand nous vous donnerons le signal avec des torches, vous vous précipiterez et frapperez à chaque pâté de maisons. Ils sauront quoi faire. »
Si les SS nous avaient vus, ils nous auraient abattus. Mais ils ne nous ont pas vu. Lorsque nous avons alors vu le signal clignotant, nous nous sommes précipités et lorsque nous avons frappé, le plus ancien du quartier a su : Aha, les voici.
Nous nous sommes de nouveau glissés dans nos casernes. Et puis, peu de temps après, le commandant du camp Schwarzhuber et ses hommes sont arrivés dans le camp avec des chiens en laisse et des mitrailleuses. Il a parcouru plusieurs pâtés de maisons avec ses hommes.
« Le bloc supérieur signale le bloc 7 occupé par 350 prisonniers ! rien à signaler ! »
Il est venu vers nous brièvement. Apparemment, tout ce qu’il voulait, c’était vérifier les fiches. Des échantillons.
Nous savions ce qui se passait réellement. Nous étions tous armés, pelle, bêche, marteau, pioche, houe, fourche, de nos outils de travail et de tout ce que les gens trouvaient. Les gens se disaient : très bien, s’ils veulent nous rassembler ici, alors nous scellerons nos vies le plus cher possible. Nous ne nous remettrons pas entre leurs mains. Peut-être que nous arriverons aux mitrailleuses, alors nous aurons naturellement de meilleures chances.
(…)
Alors Schwazhuber a vérifié quelques pâtés de maisons et puis il est parti avec ses troupes comme il était entré, sans plus attendre, il s’est dit : si nous faisons cela, ce sera le chaos, ils n’abandonneront pas, ils résisteront.
Otto Rosenberg a survécu au génocide, après Birkenau il a été déporté dans les camps de Buchenwald, de Dora et de Bergen Belsen. Après la guerre il a continué à se battre, il a été un acteur majeur de la lutte des roms et des sintés allemand pour les droits civiques. Dans le récit qu’il fait de l’acte héroïque dont il a été un acteur, il apparait qu’il avait un rôle à l’intérieur d’un plan organisé….
(La suite dans le prochain épisode…)
